ABAISSEMENT DE L’ETAT DE DROIT SOUS LA TRANSITION : Les Justes inquiets

Ceci est le regard porté par Les Justes sur la situation nationale à partir de deux faits essentiels, notamment «l’évasion organisée de la guérisseuse Nikiema Amsetou de Komsilga, et la suspension des émissions de Radio Oméga». Les membres de cette plate-forme fondent leur analyse du 26 août, sur les communiqués du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et de la loi organique n°015-2013/AN du 14 mai 2013 portant attributions, composition organisation et fonctionnement du Conseil Supérieur de la Communication (CSC) modifiée par la loi n°004-2018/AN du 22 mars 2018.
«L’actualité nationale de ces dernières semaines a été marquée par deux faits majeurs: l’évasion organisée de la guérisseuse Nikiema Amsetou de Komsilga, et la suspension des émissions de Radio Oméga. Ces deux actes sont au couronnement d’autres violations des lois et règlements plus ou moins connues du grand public sous la transition. Les Justes saluent le courage et le patriotisme de tous ces Burkinabè qui se sont interrogés ou qui ont exprimé publiquement leurs inquiétudes face aux insuffisances de gouvernance de la transition, dans le souci d’amener nos gouvernants à être plus regardants sur la conduite des affaires publiques. Dans cette analyse, nous ferons l’économie de la narration des faits suffisamment connus de tous. Nous dépasserons également les condamnations de routine pour nous pencher sur les problèmes de fond que posent les atteintes à l’Etat de droit.
I NOS MOTIFS D’INQUIETUDE AU REGARD DE L’ABAISSEMENT DE L’ETAT DE DROIT SOUS LA TRANSITION
L’évasion organisée de la guérisseuse Nikiema Amsetou de komsilga
Beaucoup d’acteurs de la justice et d’autres secteurs d’activités se sont prononcés sur l’irrégularité des actes posés par le groupe de militaires qui a soustrait la guérisseuse des mains des agents de la Garde de Sécurité Pénitentiaire (GSP) au matin du 29 juillet 2023 afin d’empêcher son transfèrement à la Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou (MACO) en application d’un mandat de dépôt décerné par le Procureur du Faso près du Tribunal de grande instance de Ouaga 2, mais surtout de la gestion de la crise par l’exécutif, ensemble le Président de la Transition et le Ministre de la Justice, Avocat de profession, sous le silence assourdissant du Premier Ministre, Docteur en Droit enseignant à l’université, Avocat de profession également, chargé de l’exécution des lois par la Constitution (article 63). Dans notre analyse, nous nous référerons aux deux communiqués des 31 juillet et 9 août 2023 du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) pour deux raisons. La première est que le CSM est l’institution qui incarne le pouvoir judiciaire, 3ème pouvoir consacré par la Constitution du 02 juin 1991. Plus que quiconque, le CSM connait l’étendue et les limites des prérogatives du pouvoir judiciaire. Il est également le mieux placé pour relever les atteintes au fonctionnement et à l’indépendance de la magistrature. La deuxième raison est que nul ne s’avisera de nous tenir grief pour les mots du CSM que nous aurons repris pour conforter nos points de vue et exprimer nos attentes quant à la bonne marche des affaires du Faso, notre chose commune.
A travers le premier communiqué daté du 31 juillet 2023 et signé de son Président, le CSM relève l’atteinte grave à l’indépendance du pouvoir judiciaire et au principe d’égalité des citoyens devant la loi, la violation des enceintes judiciaires et la violation du principe de la séparation des pouvoirs. Conséquemment, il condamne fermement cette immixtion dans les prérogatives du pouvoir judiciaire et exige l’exécution du mandat de dépôt décerné par le Procureur du Faso contre la prévenue Nikiema Amsetou.
Nous avions pensé que le Président de la Transition allait user de son autorité pour faire cesser ce que nous pensions être un égarement passager de quelques agents zélés, en demandant l’application de la loi dans toute sa rigueur. L’article 129 de la Constitution dispose en effet que «le Président du Faso est garant de l’indépendance du pouvoir judiciaire.» Au contraire, lors de son séjour dans la ville de Pô le 05 août 2023, le Président de la Transition s’est prononcé publiquement sur l’affaire en brandissant plutôt la thèse «d’une grosse conspiration» contre son pouvoir, tout en menaçant de sévir contre la justice dans les heures à venir, faisant ainsi chorus avec le Gouvernement qui, dans un communiqué du 05 août 2023, avait rejeté toute immixtion de l’exécutif, évoquant plutôt une manipulation orchestrée par des officines obscures à la solde d’intérêts étrangers. En outre, le Président de la Transition a affirmé avoir repéré un certain nombre de magistrats «pourris et vendus» qui salissent l’image de la justice.
Nous nous interrogeons de savoir, en quoi l’exécution d’un mandat de dépôt de la justice peut-il interférer sur le pouvoir exécutif au point de justifier la mise sous protection militaire de la guérisseuse et de surcroît, justifier les mots durs du Chef de l’Etat en direction de l’institution judiciaire. Le CSM conclut à une partialité manifeste du garant de l’indépendance du pouvoir judiciaire en faveur d’une partie dans un dossier judiciaire, toute chose qui viole le principe constitutionnel d’égalité des citoyens Burkinabè devant la loi.
Dans son communiqué du 9 août 2023, le CSM condamne encore les atteintes à la séparation des pouvoirs et à l’indépendance du pouvoir judiciaire, félicite les acteurs du système judiciaire pour leur professionnalisme et les invite au respect de la légalité dans l’exercice de leurs fonctions afin de participer à la construction d’une justice burkinabè qui garantit l’égalité entre les justiciables. C’est le lieu pour nous de rappeler que toute société organisée fonctionne suivant des règles assorties de sanctions dont la mise en œuvre incombe à la justice. Mais la justice faisant partie des pouvoirs institués de l’État, seule son indépendance à l’égard des pouvoirs législatif et exécutif est en mesure de garantir son impartialité dans l’application des normes de droit. L’indépendance de la justice est donc centrale pour le respect de l’Etat de droit, afin que le juge n’ait pas à subir de pression extérieure l’invitant à juger dans un sens plus que dans un autre comme cela a été perceptible dans l’affaire de la guérisseuse où, fait inédit, le Ministre de la Justice lui-même a entravé l’application de la décision judiciaire.
La suspension illimitée de Radio Oméga
général consécutif à l’évasion de la guérisseuse et à la suspension de Radio Oméga seront l’occasion d’un sursaut dans la gouvernance de la transition.»
Pour la Plateforme
Traoré Amadoun
Dr François Kaboré
Yaméogo Noël
Dans son communiqué du 9 août 2023, le CSM condamne encore les atteintes à la séparation des pouvoirs et à l’indépendance du pouvoir judiciaire, félicite les acteurs du système judiciaire pour leur professionnalisme et les invite au respect de la légalité dans l’exercice de leurs fonctions afin de participer à la construction d’une justice burkinabè qui garantit l’égalité entre les justiciables. C’est le lieu pour nous de rappeler que toute société organisée fonctionne suivant des règles assorties de sanctions dont la mise en œuvre incombe à la justice. Mais la justice faisant partie des pouvoirs institués de l’État, seule son indépendance à l’égard des pouvoirs législatif et exécutif est en mesure de garantir son impartialité dans l’application des normes de droit. L’indépendance de la justice est donc centrale pour le respect de l’Etat de droit, afin que le juge n’ait pas à subir de pression extérieure l’invitant à juger dans un sens plus que dans un autre comme cela a été perceptible dans l’affaire de la guérisseuse où, fait inédit, le Ministre de la Justice lui-même a entravé l’application de la décision judiciaire.
La suspension illimitée de Radio Oméga
- Les atteintes manifestes à la liberté de presse
- Les critères de l’Etat de droit
- Le respect de la hiérarchie des normes;
- L’égalité des citoyens devant la loi;
- La séparation des pouvoirs et l’indépendance des juges.
général consécutif à l’évasion de la guérisseuse et à la suspension de Radio Oméga seront l’occasion d’un sursaut dans la gouvernance de la transition.»
Pour la Plateforme
Traoré Amadoun
Dr François Kaboré
Yaméogo Noël