AFRIQUE : La politique française de défense

L’Assemblée nationale française vient de produire un rapport sur la politique française de défense en Afrique. Le document de quatre cents pages environ, est un condensé des propositions des députés des différents groupes parlementaires. Ces derniers ont fait part des multiples défis auxquels la France doit faire face dans le cadre de sa politique de défense en Afrique. Le Groupe Démocrate (MoDem et Indépendants) a déclaré : « Notre groupe considère que la France est prête à relever les défis. Elle doit s’y engager, avec confiance mais sans candeur, aux côtés et à l’écoute des Africains, dans un lien « gagnant-gagnant ». Mais aussi, cela est évident pour le groupe Démocrate, avec ses partenaires européens, dans une Europe puissante, ouverte, volontaire et porteuse de valeurs universelles. » Une déclaration qui semble avoir écho des doléances des Africains surtout la jeunesse qui exige un « équilibrage » des relations entre l’Afrique et la France sur tous les domaines. DakarTimes vous propose quelques extraits du rapport.
L’AFRIQUE : UN CONTINENT STRATÉGIQUE POUR LA FRANCE ET L’EUROPE
Le monde change sous nos yeux. Les dynamiques démographiques, les changements environnementaux et les conflits régionaux accélèrent les transformations engagées depuis la fin de la Guerre froide et l’internationalisation massive des chaînes de valeur. Derrière « l’affolement du monde » se joue une redistribution profonde des cartes de la puissance. Les Afriques sont aux premières loges de ces mutations. Leurs dynamiques démographiques l’expliquent en grande partie : en 2050, elles compteront 2,5 milliards d’habitants, soit un quart de l’humanité. Le Nigéria sera par exemple à lui seul aussi peuplé que l’Europe ! Cette croissance démographique s’accompagne de mutations politiques, sociales, économiques, technologiques, sécuritaires et migratoires. Continent jeune et de plus en plus connecté, l’Afrique est l’un des moteurs de la croissance économique mondiale, malgré les difficultés de tout ordre qu’elle rencontre et une concurrence stratégique croissante.
Face à ces évolutions, pour maximiser leurs atouts, la plupart des États africains usent d’un multi-bilatéralisme décomplexé. Il n’y a plus de « chassegardée » depuis bien longtemps ; il n’y a plus désormais de partenariats exclusifs. La mondialisation a internationalisé les chaînes de valeur ; elle a aussi multibilatéralisé les partenariats politiques, sécuritaires, économiques et culturels. Les Afriques sont engagées dans une contractualisation généralisée de leurs rapports de puissance, même si les dynamiques régionales ou l’Union africaine permettent encore de multilatéraliser certaines réponses aux enjeux globaux. Cette évolution doit conduire à un double apprentissage : celui, en Europe, d’une relation d’égal à égal avec les pays africains, celui, en Afrique, d’une juste réciprocité dans la mise en œuvre des partenariats.
- Notre destin est lié à celui du continent africain
- D’abord des intérêts liés à la gestion des grands défis globaux :
- Ensuite des intérêts économiques, qui vont des industries créatives au secteur de l’énergie en passant par la distribution ou les travaux publics, intérêts dont la géographie a profondément évolué et qui se concentrent désormais en Afrique du Nord et en Afrique non-francophone : la France est par exemple le 1er investisseur au Nigéria ;
- Mais aussi des intérêts d’influence alors que la France n’a pas abandonné son ambition d’être une puissance d’équilibres et de solutions, promouvant un modèle démocratique, culturel et linguistique au service d’un ordre international fondé sur le droit international, le dialogue des cultures et le respect des droits humains fondamentaux ;
- Enfin des intérêts sécuritaires liés, d’une part, à la présence d’une large communauté française en Afrique et, d’autre part, à notre volonté de participer à la sécurité de l’Europe et à celle de nos partenaires en Afrique en luttant contre les groupes armés terroristes, en entravant les trafics illicites ou en contribuant à la stabilisation régionale, du golfe de Guinée au canal du Mozambique, du soutien aux opérations africaines de paix à la sécurisation de nos voies d’approvisionnement. Nous avons aussi intérêt à ce que se développe une Afrique pacifiée dont le développement économique soit apte à réduire les flux migratoires illégaux qui pèsent aujourd’hui sur l’Europe.
- D’abord, il convient de redéfinir les conditions d’une solidarité stratégique qui conjure la tentation de faire “à la place de”. La meilleure voie est de puiser ses principes dans l’humilité stratégique des approches dites indirectes tout en renforçant nos mécanismes de réassurance réactive. L’objectif est de revivifier notre offre de coopération, en l’adaptant au plus près des demandes de nos partenaires et en proposant un large panel d’outils dans lequel nos partenaires doivent pouvoir choisir, de la formation spécialisée à l’appui renseignement, en passant par l’apprentissage du Français (langue majeure pour les opérations africaines de paix) pour qu’ils assurent par eux-mêmes leur propre sécurité.
- Ensuite, il nous faut poursuivre l’adaptation de notre réseau africain de points d’appuis, de bases, d’écoles et d’académies, en répondant toujours mieux aux besoins exprimés localement et en sachant, chaque fois que cela est possible, associer nos partenaires européens voire nos alliés américains, comme nous avons su le faire avec la République de Côte d’Ivoire en créant l’AILCT, y compris par une mobilisation accrue des instruments européens de financement comme la FEP. – Nous devons aussi réinventer une intimité stratégique avec les cadres dirigeants africains du secteur de la défense et de la sécurité. Le doublement prévu de nos capacités d’accueil de stagiaires africains au sein de nos écoles militaires d’ici à 2030 va dans le bon sens mais ne paraît pas suffisant en comparaison de ce que font certains compétiteurs qui en accueillent parfois jusqu’à dix fois plus. Nous devons changer d’échelle en insérant, en retour, des cadres africains dans l’encadrement de formations, comme l’armée de terre a su le faire à Saint-Cyr par exemple. Il nous faut également mieux accueillir les chercheurs et stratèges africains dans nos organismes de recherche et systématiser les « séquences Afrique » dans les colloques comme le Paris Defence & Strategy Forum.
- Enfin, un effort significatif doit être fait pour mobiliser davantage nos industriels et équipementiers afin de fournir un accompagnement capacitaire au plus près des besoins de nos partenaires. Dans cette logique, il nous faut développer une offre sachant mieux allier maîtrise des coûts, simplicité du MCO et efficacité technologique ainsi qu’une capacité d'acquisition, de stockage et de livraison réactive pour répondre aux besoins d'équipements de nos partenaires dans de brefs délais. La réactivité de notre « industrie de combat » doit être une composante centrale de la profondeur stratégique des partenariats que la France doit pouvoir offrir à ses partenaires africains.
- D’abord, en abandonnant toute logique « d’aide au développement », qui est aujourd’hui refusée par les africains eux-mêmes, comme mes collègues Fuchs et Tabarot l’ont rappelé récemment, pour passer à une véritable stratégie de partenariat économique et d’investissement stratégique (j’estime à cet égard que la notion « d’investissement solidaire et durable » n’est pas la plus appropriée).
- Nous devons aussi tirer toutes les conséquences politiques des mutations africaines qui conduisent à ce que nous soyons un « partenaire parmi d’autres ». Après l’humilité stratégique, il nous faut faire preuve « d’humilité politique ». Si nous voulons écarter durablement les accusations de pratiquer un « double standard » et démontrer que le « sud global » n’est que l’habillage rhétorique d’un « sud plus éclaté » que ce qu’en disent les propagandistes des puissances autoritaires révisionnistes, il nous faut apprendre à mieux peser les limites des « conditionnalités » que nous exigeons de nos partenaires pour éviter qu’elles ne soient perçues comme d’inacceptables ingérences. La question de la
- La fin de l’opération Barkhane et l’amorce d’une transformation du dispositif militaire français en Afrique