Au Mali, la sécurité d'État poursuit ses enlèvements

Après l'avocat Maître Mountaga Tall, figure politique et voix critique de la transition enlevé chez lui pendant le week-end et emmené vers une destination toujours inconnue, plusieurs personnalités politiques ont été prises ces derniers jours par des hommes armés et cagoulés, mode opératoire classique des services maliens de renseignements. L'ONG de défense des droits humains Amnesty international interpelle les autorités maliennes de transition.
Youssouf Daba Diawara a été embarqué lundi après-midi, vers 17 heures, par des hommes armés et cagoulés, alors qu'il sortait d'un restaurant du quartier d'ACI 2000, à Bamako. Deux amis qui se trouvaient avec lui ont été relâchés, mais pas Youssouf Daba Diawara. C'est ce qu'indiquent plusieurs proches de ce collaborateur de l'imam Mahmoud Dicko, l'un des principaux opposants du régime de transition, exilé hors du Mali.
Youssouf Daba Diawara était notamment le coordonnateur de la CMAS, le mouvement de l'imam Dicko, avant sa dissolution. En 2024, il avait déjà été emprisonné quelques mois, pour avoir participé à une manifestation dénonçant les coupures d'électricité et réclamant des élections.
Prodémocratie
Autre personnalité dont les proches sont sans nouvelles : Moussa « Abba » Djiré. Le président du « Mouvement politique et citoyen Yiriwa 223 » a été enlevé dimanche soir. Il s'était fait connaître il y a tout juste un an lors du mouvement prodémocratie qui avait éclos après la dissolution des organisations politiques du pays. Ce mouvement s'était éteint aussi vite qu'il avait émergé, du fait, déjà, d'enlèvements de militants opérés par la sécurité d’État pour étouffer la contestation.
Un enregistrement a récemment circulé sur les réseaux sociaux, dans lequel on entend Moussa Djiré échanger avec Oumar Mariko, opposant en exil accusé par la justice militaire malienne de « complicité » dans les attaques du 25 avril. Ces attaques ont été menées conjointement par les jihadistes du Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans (Jnim) et par les rebelles du Front de libération de l'Azawad (FLA), et avaient notamment coûté la vie au ministre de la Défense, le général Sadio Camara.
Joint par RFI, Oumar Mariko reconnaît avoir parlé au téléphone avec Moussa Djiré, mais dément catégoriquement toute implication dans les attaques du 25 avril, accusation qu'il juge « ridicule ». Il déclare également que quatre de ses proches – son gardien, un cousin, un neveu et un ami de la famille – ont été enlevés par la sécurité d’État la semaine dernière. À Sikasso pour l'un d'entre eux, à Bamako pour les trois autres. Enfin, plusieurs témoins rapportent des arrestations groupées dans des écoles coraniques du quartier de Ngolonina, à Bamako, et de Markacoungo, à environ 80 kilomètres de la capitale, sur la route de Ségou. Des enseignants et des élèves ont été embarqués, certains libérés. On rapporte aussi, au cours des derniers jours, de nouvelles arrestations de militaires, sans qu'aucun chiffre précis ait pu être confirmé.
SOURCE : RFI