Déclaration conjointe des patronats africains et française à l’occasion du Sommet Africa Forward 2026 : Un nouveau départ

Les organisations patronales africaines et française, réunies à l’occasion du Sommet Afrique–France 2026, réaffirment leur conviction commune : le partenariat d’affaires et la coopération économique entre la France et les pays du continent africain doivent entrer dans une nouvelle phase, fondée sur le co-investissement, l’impact sur la création d’emplois durables et le renforcement des compétences, le soutien à l’essor de filières locales de production et la transformation industrielle.
Dans un environnement international en profonde recomposition, marqué par des tensions géopolitiques, des enjeux de souveraineté économique et de défense nationale sans précédent, ainsi que par l’accélération des transitions énergétique et numérique, l’Afrique et la France ont la responsabilité commune de bâtir un partenariat clair dans ses priorités, ambitieux dans ses objectifs et résolument orienté vers l’action.
Ce partenariat doit par ailleurs contribuer à générer plus de croissance économique et de progrès social mais aussi à répondre aux aspirations de jeunesses africaines et française dynamiques en quête d’opportunités, d’emplois qualifiés et d’entrepreneuriat.
Ce partenariat, que nous voulons plus dynamique et durable, doit franchir une nouvelle étape et se structurer autour d’un principe simple mais exigeant : construire ensemble les chaînes de valeur, les capacités industrielles et les compétences de demain.
Nous portons une ambition claire :
– Faire de l’investissement et du co-investissement productif le moteur du partenariat
– Construire des chaînes de valeur industrielles plus intégrées, plus résilientes, plus compétitives et ancrées localement
– Mettre en place les conditions permettant de capter le dividende démographique : promouvoir la création d’emplois productifs, le développement des compétences professionnelles, et de l’entreprenariat
– Adopter une vision prospective de croissance économique plus vigoureuse, mieux partagée et orientée vers des résultats concrets.
Nous invitons ainsi les hautes-autorités africaines et françaises à s’engager aux côtés de leurs secteurs privés dans une nouvelle étape structurante autour des priorités suivantes:
1. Faire de l’investissement et du co-investissement productif la priorité absolue
Le partenariat Afrique-France doit passer d’une logique de flux financiers dispersés à une logique d’investissements structurants et ciblés, répondant aux attentes exprimées et aux besoins d’un développement plus inclusif et soutenable des chaines de valeurs, mais aussi à même d’exercer des effets d’entrainement profonds de l’amont à l’aval des filières productives.
L’investissement productif est la condition première de la transformation économique, de la création d’emplois et de la souveraineté industrielle.
Nos propositions :
Créer des fonds franco-africains par pays et par filière stratégique Nous proposons :
• L’identification conjointe de chaînes de valeur prioritaires : agro-industrie, transformation minière, énergies, santé, numérique, mobilité, industries culturelles, bâtiment et infrastructures.
•
La création de fonds sectoriels franco-africains, associant capitaux publics et privés, pour structurer ces filières sur l’ensemble de la chaîne (amont– transformation–distribution).
• L’implication renforcée des bailleurs de fonds africains et français dans des mécanismes de co-investissement en direct dans des PME/ETI africaines avec des fonds africains.
• Une gouvernance paritaire public-privé et franco-africaine afin de garantir l’alignement stratégique et la rapidité décisionnelle.
Généraliser les financements mixtes (blended finance) à grande échelle Nous appelons à :
• Une promotion des montages combinant subventions, prêts concessionnels, garanties, capital-investissement, financement participatif, dette.
• La mise en place de garanties de change et de paiement mutualisées, afin de réduire le risque perçu et abaisser le coût du capital.
• Une prise de risque financier plus importante de la part des bailleurs de fonds pour garantir la montée en puissance réelle des start-ups et PME africaines et françaises actives sur le continent.
• La création d’un guichet unique franco-africain d’ingénierie financière pour accompagner les PME dans la structuration de projets bancables.
• Le développement de places financières intégrées et complémentaires, ainsi que des marchés de capitaux.
•
L’alignement renforcé avec les instruments européens, notamment dans le cadre de Global Gateway, afin d’éviter la fragmentation des dispositifs.
Orienter les financements vers les maillons critiques de souveraineté Nous proposons de prioriser :
• Les infrastructures de dernière génération dans les domaines du BTP, des énergies, des transports et de la logistique, du numérique, et de la santé.
• Les capacités locales de transformation industrielle.
• Les écosystèmes numériques souverains (cloud, data centers, cybersécurité) - en particulier dans le secteur du spatial et de ses applications au service du développement (agriculture, infrastructures, sécurité, changement climatique etc.).
• Les projets favorisant la substitution d’importations stratégiques.
Promouvoir une logique de “mieux-disant” économique et social à offre financière comparable Nous appelons à :
•
L’intégration de clauses de qualité, d’emploi local, de formation et de transfert technologique dans les appels d’offres des bailleurs internationaux.
• Une meilleure reconnaissance de la valeur ajoutée globale générée (emploi, fiscalité, formation, impact territorial) dans l’évaluation des offres.
• La constitution de consortia franco-africains associant grandes entreprises, PME et entreprises locales.
Climat des affaires : créer un environnement propice, stable et prévisible
Les secteurs privés encouragent les gouvernements à l’adoption des mesures visant à améliorer l’environnement des affaires.
Les organisations représentatives des secteurs privés nationaux doivent être associées aux concertations et à la prise de décision dans le cadre du dialogue public-privé. De même, dans le cadre du processus d’intégration économique et financière aux niveaux régional et continental, elles doivent aussi être parties-prenantes au dialogue publicprivé et au dialogue social tripartite.
Les mesures incitatives prises par les gouvernements permettront d’accroitre les flux d’investissements privés ainsi que de créer plus de richesse, de valeur ajoutée, de produit intérieur brut, d’emplois, et favoriseront la mobilisation de ressources au budget des
Etats.
Nous appelons à :
•
Une prévisibilité et une stabilité réglementaire et fiscale accrues, notamment via des mécanismes de concertation institutionnalisée entre autorités/administrations et patronats.
• La mise en place de la « Carte digitale d’affaires » favorisant la mobilité des chefs d’entreprises africains et français, en Afrique et en France.
• Une généralisation rapide de la dématérialisation au niveau de l’administration publique pour améliorer la gouvernance, la transparence, la fluidité économique, la qualité des services publics, et permettre l’élargissement de l’assiette des contribuables au budget de l’Etat
• L’accélération de la digitalisation du secteur productif pour renforcer la productivité et la compétitivité des entreprises.
• La promotion de modes de mobilité durables, des villes durables et d’entreprises durables au regard de leurs impacts positifs sur l’environnement, le développement durable, et l’économie-climat.
• A développement des capacités institutionnelles, numériques et réglementaires assurant aux États une souveraineté totale dans leurs politiques économiques et industrielles.
• Au renforcement de la protection des investisseurs privés et à la stabilité des contrats publics/privés.
La consolidation des dispositifs d’arbitrage nationaux, régionaux et internationaux de règlement des différends et de garantie d’exécution effective des décisions.
La mise en place d’un cadre institutionnel de dialogue public/privé et de dialogue social tripartite pour améliorer le climat des affaires.
Un soutien résolu au processus d’intégration économique et commerciale africaine dans le cadre de zone de libre-échange continentale (ZLECAf) par la finalisation des négociations portant sur le commerce des marchandises, le commerce des services, les procédures de règlement des différends, la politique d’investissement, la politique de concurrence, la réduction et la rationalisation des barrières tarifaires et non-tarifaires, l’harmonisation et la digitalisation des processus administratifs et douaniers, les droits de propriété intellectuelle, le commerce numérique ainsi que l’insertion des femmes et des jeunes dans le commerce.
3. Assurer un portage politique cohérent et orienté vers les résultats
La crédibilité du partenariat Afrique–France dépendra désormais de sa capacité à produire des résultats visibles et mesurables, et sur la capacité des acteurs à communiquer efficacement.
Instituer une culture du résultat et de l’évaluation Nous proposons :
• La publication annuelle d’une étude d’impact Afrique–France, intégrant des indicateurs précis parmi lesquels : investissements mobilisés, emplois directs et indirects créés, part de production locale, volume de co-investissements, transferts de technologies et actions de formation.
• La priorisation et le financement, pour chaque pays partenaire, d’un nombre limité de projets structurants à fort impact industriel et social, répondant autant aux besoins africains qu’aux expertises et capacités industrielles françaises.
•
La mise en place d’un mécanisme permanent de suivi conjoint, associant autorités/administrations et organisations patronales, afin d’assurer la continuité des engagements entre deux sommets et d’identifier rapidement les blocages opérationnels afin de mettre en œuvre des solutions pragmatiques pour les dépasser.
3.2 Structurer un récit positif et économique du partenariat
Le partenariat Afrique–France doit être porté par des réussites concrètes et visibles.
Nous proposons :
• La création d’un label « Co-produit Afrique–France », valorisant les projets intégrant co-investissement, contenu local, formation et transfert de compétences.
• La mobilisation coordonnée des réseaux diplomatiques, économiques et consulaires pour promouvoir ces réussites sur les marchés régionaux et internationaux.
• L’organisation d’un rendez-vous économique annuel Afrique–France co-piloté par les secteurs privés africains et français, centré sur les filières stratégiques et les projets en cours de déploiement.
• Le développement du nombre d’accords entre organisations patronales africaines et françaises pour investir ensemble en Afrique et à l’international.
3.3 Coordonner nos actions à l’échelle européenne
Nous appelons l’Union européenne et les pays-membres à :
• Réexaminer certaines contraintes réglementaires dont la complexité ou le niveau d’exigence peuvent limiter la capacité des entreprises à investir en Afrique, et envisager des mécanismes d’adaptation proportionnés.
• Inclure les secteurs privés africains et français dans la définition de la stratégie d’investissement ‘Global Gateway’, dès l’identification des projets prioritaires et tout au long du déploiement, avec une méthode agile, claire et lisible.
•
Simplifier les procédures d’exportation et de certification pour les entreprises africaines vers l’Union européenne.
• Soutenir l’accompagnement technique des entreprises africaines dans la mise aux normes européennes (sanitaires, environnementales, industrielles).
• Assurer la promotion renforcée du “Produit en Afrique” sur les marchés européens, notamment à travers des dispositifs de valorisation sectoriels et des salons professionnels dédiés.
Œuvrer à une meilleure articulation entre les accords commerciaux existants et les stratégies de transformation locale.
Refonder l’architecture d’expertise économique et sectorielle Nous appelons à :
•
La mise à disposition d’experts sectoriels de haut niveau auprès des administrations africaines et des organisations patronales, en lien direct avec les entreprises françaises, afin d’appuyer la structuration des filières industrielles et l’amélioration des cadres réglementaires.
• La constitution de task forces franco-africaines public-privé sur les secteurs prioritaires (énergie, numérique, agro-industrie, infrastructures, santé), chargées d’identifier les obstacles opérationnels et de proposer des solutions concrètes.
4. Contenu local et formation professionnelle : investir dans les compétences et la valeur ajoutée nationale
La transformation du partenariat repose sur la mise à niveau et le développement des compétences professionnelles et l’augmentation des capacités productives industrielles, le développement de pôles de compétitivité et le niveau d’intégration des filières.
Nous proposons :
• L’intégration des organisations patronales dans le dispositif institutionnel de gouvernance du contenu local.
• L’intégration systématique de plans de contenu local dans les projets considérés au titre du régime général mixte « capitaux nationaux et étrangers », incluant co-traitance locale, emploi local, transfert de savoir-faire et/ou de technologie, soutien au développement d’écosystèmes de fournisseurs locaux.
•
Le développement de partenariats entre entreprises, centres de formation professionnelle et établissement supérieur d’enseignement, afin d’aligner les compétences sur les besoins des filières industrielles.
• La création de hubs « Compétences professionnelles, Emploi, Entrepreneuriat, Innovation » dans les organisations patronales.
• La multiplication des accords entre organisations patronales, entreprises et universités, en France et en Afrique, pour faciliter le recrutement et la mobilité des talents africains.
• La création de campus sectoriels franco-africains, notamment dans les métiers de l’énergie, du numérique, de l’agro-industrie et des infrastructures.
• Un soutien accru à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, via des dispositifs d’accompagnement ciblés.
Appel à l’actionNous appelons les chefs d’État et de gouvernement à faire du partenariat d’affaires Afrique–France une priorité stratégique, fondée sur l’investissement productif, la transformation industrielle et la création d’emplois durables.
Dans un monde marqué par des recompositions profondes et une concurrence accrue, les pays africains et la France ont l’opportunité de construire ensemble un modèle économique ambitieux fondé sur une vision prospective partagée, basée sur la réciprocité, la confiance et la création de valeur locale.
Les secteurs privés africain et français entendent jouer pleinement leur rôle pour l’atteinte des objectifs fixés, en s’engageant pleinement pour accroitre les flux d’investissements privés, renforcer la compétitivité des entreprises, développer les chaines de valeurs industrielles, contribuer à l’essor et à la résilience des économies nationales au regard des transitions économiques et sociales, accélérer la croissance économique et créer plus d’emplois durables.
Les actions qui seront menées devront s’inscrire en complémentarité de la feuille de route issue de la déclaration de Luanda, présentée lors du Sommet Union Européenne – Union africaine en novembre 2024 par Business Europe et Business Africa.
Nous appelons à la mise en place d’un comité de suivi franco-africain composé des forces vives privées et publiques pour mettre en œuvre cette feuille de route, dès la clôture du Sommet Africa Forward 2026.
Liste des projets économiques et financiers valorisables au Sommet
Le Sommet « Africa Forward : des partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance » représente une étape importante et témoigne du renouvellement en actes des relations de la France avec les pays africains dans toutes leurs composantes. Sommet co-organisé avec le Kenya, il accorde une place centrale à tous les acteurs qui font vivre au quotidien le partenariat de la France avec les pays africains : chefs d’Etats et de gouvernement, acteurs économiques, culturels, sportifs, de la société civile, des diasporas et de la jeunesse. Le Sommet Africa Forward vise à renforcer les échanges économiques et les investissements entre l'Afrique et la France, et à consolider les réponses communes face aux grands défis globaux. Ce Sommet sera l’occasion d’illustrer le renforcement du partenariat économique et financier entre les pays africains et la France, en promouvant les investissements privés croisés entre l’Afrique et la France et en valorisant les atouts de l’offre française, dans un environnement géopolitique fragmenté. Le Sommet Africa Forward s’inscrit aussi dans la continuité du Sommet sur le financement des économies africaines de Paris en 2021 et du Sommet pour le nouveau pacte financier mondial en 2023 : notre priorité, portée par le Président de la République, est de promouvoir la transition d’une logique d’aide au développement à une logique d’investissements solidaires et durables, au profit de la souveraineté des pays africains, en mobilisant à l’échelle les capitaux privés pour financer le développement et la transition écologique dans les pays africains. Ce Sommet se veut aussi un jalon vers le Sommet Choose France 2026, qui sera l’occasion d’annonces d’investissements africains vers la France.
Méthodologie de décompte des annonces d’investissements à l’occasion du Sommet Africa Forward
Le montant cumulé des investissements annoncés à l’occasion du Sommet Africa Forward s’élève à 23 milliards d’euros, correspondant à la création d'environ 250 000 emplois directs en France et sur le continent africain, et beaucoup plus d'emplois indirects. Ce montant inclue les annonces d'investissements africains et français sur le continent africain. Au sein des 23 milliards d’euros, le montant cumulé des investissements français en Afrique annoncés à l’occasion du Sommet Africa Forward s’élève à 14 milliards d’euros (*sélection faite sur la base de la méthodologie présentée ci-dessous). Le présent document recense uniquement les annonces d’investissements français en Afrique. Ce recensement inclue : 1. Les projets développés par des acteurs privés français (entreprises, fondations et fonds d’investissement) sur le continent africain 2. Les projets développés par les opérateurs français de l’aide au développement (AFD, Proparco et DG Trésor) sur le continent africain Les projets inclus dans ce recensement s’inscrivent dans le champ des six thématiques prioritaires du Sommet - agriculture et sécurité alimentaire, économie bleue et infrastructures de transport et logistique, santé, économie numérique et intelligence artificielle, transition énergétique et industrialisation, secteur bancaire et financier. Le recensement comprend tous les types d’investissement (direct, prise de participation, partenariat) et tous les instruments financiers (fonds propres, prêts, garanties, subventions). Ces projets, lancés depuis 2025, répondent à des critères élevés d’impact économique, social et environnemental, démontrant ainsi l’empreinte positive des acteurs économiques et financiers français dans le développement durable des économies africaines, la structuration des filières locales et leur insertion dans les chaines de valeur mondiales, le renforcement du capital humain. Nombre d’entre eux donneront lieu à une signature de contrat à l’occasion du forum d’affaires du 11 mai à Nairobi. Agriculture : 1 MILLARD D'€
Economie bleue : 3,3 MILLIARDS D'€
Secteur bancaire et financier : 250 MILLIONS D'€
Industrialisation : 300 MILLIONS D'€
Numérique et IA : 3,76 MILLIARDS D'€
Santé : 942 MILLIONS D'€
Transition énergétique : 4,328 MILLIARDS D'€
Par secteur, pour les investissements français, cela représente les montants suivants : Les annonces d’investissements africains sont recensées par la « Coalition Impact Afrique France», voir le document dédié en annexe.