Discours au Centenaire d’Abdoulaye Wade : La belle leçon de Diomaye à l’élite politique

À l'occasion de la célébration du centenaire de l'ancien président Abdoulaye Wade, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a rendu un vibrant hommage à celui qu'il a présenté comme une figure majeure de l'histoire politique du Sénégal, un homme dont la trajectoire dépasse largement les frontières partisanes pour s'inscrire dans le patrimoine national.
Devant un parterre composé notamment de membres du gouvernement, de parlementaires, de responsables politiques, de diplomates, de représentants religieux et coutumiers ainsi que de la famille de l'ancien chef de l'État, le président Faye a livré un discours à forte portée historique et symbolique, retraçant les principales leçons d'une vie centenaire au service du Sénégal et de l'Afrique.
Dès l'entame de son intervention, le chef de l'État a invité son auditoire à imaginer « un enfant qui ouvre les yeux dans le Sénégal des années vingt », à une époque où le pays était encore sous domination coloniale. Cet enfant, a-t-il rappelé, ignorait qu'il assisterait à la chute d'un empire, à la naissance d'une nation indépendante et qu'il en deviendrait un jour le président.
« Cet enfant, c'est Abdoulaye Wade », a déclaré Bassirou Diomaye Faye, soulignant le caractère exceptionnel d'une existence qui s'étend sur un siècle entier d'histoire sénégalaise.
Pour le président de la République, atteindre cent ans constitue déjà un événement remarquable. Mais dans le cas d'Abdoulaye Wade, cette longévité revêt une signification particulière. Selon lui, l'ancien chef de l'État appartient désormais à la mémoire collective du pays.
« Le Président Abdoulaye Wade n'appartient plus au Parti démocratique sénégalais seul, ni à ceux qui l'ont aimé, ni même à ceux qui l'ont combattu. Il appartient au patrimoine de la Nation », a-t-il affirmé.
Le chef de l'État a rappelé avoir accueilli avec gratitude la délégation du Parti démocratique sénégalais venue solliciter son haut patronage pour cet anniversaire. Toutefois, il a insisté sur le fait que l'hommage rendu dépassait largement le cadre partisan.
Plutôt que de dresser un bilan exhaustif d'une vie qu'il juge trop vaste pour être résumée en quelques heures, Bassirou Diomaye Faye a choisi de mettre en lumière trois vertus majeures qui, selon lui, caractérisent le parcours de l'ancien président et continuent d'offrir des enseignements précieux aux nouvelles générations.
La patience comme forme suprême du courage
La première qualité évoquée par le président de la République est la patience.
Dans un monde où tout semble devoir être obtenu immédiatement, Bassirou Diomaye Faye a présenté le parcours politique d'Abdoulaye Wade comme une démonstration éclatante de la valeur de la persévérance.
Il a rappelé que l'ancien opposant s'était présenté à quatre reprises à l'élection présidentielle, en 1978, 1983, 1988 et 1993, sans parvenir à conquérir le pouvoir. Des échecs répétés qui auraient pu décourager ou briser nombre d'hommes politiques.
Au contraire, a souligné le chef de l'État, Wade transformait chaque revers en nouvelle étape vers son objectif. Après chaque défaite, il reconstruisait son parti, renouvelait ses alliances et repartait à la rencontre des Sénégalais.
Ce n'est finalement qu'en l'an 2000, après vingt-six années de combat politique ininterrompu, qu'il accède à la magistrature suprême.
Pour Bassirou Diomaye Faye, cette trajectoire illustre une vérité essentielle : les grandes réalisations exigent du temps, de la constance et une foi inébranlable dans son idéal.
Il a particulièrement insisté sur la portée de cet exemple pour la jeunesse sénégalaise, souvent confrontée à une culture de l'immédiateté.
Selon lui, la vie d'Abdoulaye Wade enseigne que « rien de durable ne naît dans la précipitation » et que les causes les plus justes sont souvent celles qui demandent le plus de patience.
Le respect de l'adversaire, fondement de la démocratie
La deuxième vertu mise en avant est le respect de l'adversaire politique.
Le président Faye a rappelé que le combat de Wade fut marqué par de nombreuses épreuves : la prison, les poursuites judiciaires, la suspicion et ce qu'il a qualifié d'« exil intérieur » de l'opposant que l'on cherche à faire taire.
Il a appelé à ne pas oublier ces années difficiles ni les sacrifices consentis par de nombreux Sénégalais pour la consolidation de la démocratie.
Évoquant les relations entre Abdoulaye Wade et Léopold Sédar Senghor, il a rappelé que ce dernier le surnommait « Njombóor », figure rusée des contes et légendes sénégalais. Un surnom qui, selon lui, traduisait davantage l'estime réciproque que l'hostilité.
Le président de la République a également insisté sur la dimension profondément humaine de l'ancien chef de l'État, souvent perçu comme un homme de rupture mais qui savait faire preuve de courtoisie et de respect envers ses adversaires.
À ce titre, il a rappelé un épisode marquant de la campagne présidentielle de 2000 : alors qu'il pressentait déjà sa victoire, Abdoulaye Wade avait pris le temps de rendre visite à la mère de son adversaire, le président Abdou Diouf.
Pour Bassirou Diomaye Faye, ce geste résume à lui seul une certaine conception de la politique : celle qui permet de combattre un adversaire sans chercher à l'humilier.
Le chef de l'État a ensuite longuement évoqué l'alternance historique de 2000, qualifiée de moment fondateur de la démocratie sénégalaise.
Il a salué la décision d'Abdou Diouf de reconnaître sa défaite sans contestation et la manière dont Abdoulaye Wade a accueilli cette victoire sans esprit de revanche.
Selon lui, les deux hommes ont alors offert au monde entier une leçon démocratique rare en Afrique comme ailleurs.
« Deux hommes que tout opposait écrivirent ensemble, ce jour-là, la plus belle page de notre histoire », a-t-il déclaré.
Pour le président Faye, cet héritage impose aujourd'hui une responsabilité particulière aux générations actuelles : préserver une démocratie fondée sur le respect mutuel et l'acceptation du verdict des urnes.
Il a rappelé que l'adversaire politique demeure avant tout un compatriote avec lequel il faut continuer à construire la même nation.
Une vie consacrée à la Nation et à l'Afrique
La troisième grande vertu soulignée par le chef de l'État est la primauté accordée à la Nation et au continent africain.
Revenant sur le parcours intellectuel d'Abdoulaye Wade, il a rappelé son passage à l'École normale William Ponty, ses doctorats en droit et en économie, son activité universitaire et son brillant parcours d'avocat.
Mais au-delà des distinctions académiques, Bassirou Diomaye Faye a insisté sur la manière dont Wade a mis son savoir au service d'une ambition collective.
Il a notamment rappelé sa participation, dès 1956, au premier Congrès des écrivains et artistes noirs, aux côtés de grandes figures telles qu'Alioune Diop, Léopold Sédar Senghor et Cheikh Anta Diop.
Pour le président de la République, cette génération d'intellectuels partageait une même conviction : celle que l'Afrique devait penser son propre destin et occuper pleinement sa place dans le monde.
Même lorsque leurs trajectoires politiques ont divergé, ces personnalités restaient unies par une priorité commune : le service de leur pays et du continent.
Bassirou Diomaye Faye a également souligné ce qu'il considère comme l'un des traits les plus marquants de la vision de Wade : son refus du fatalisme.
Selon lui, l'ancien président n'a jamais accepté que la pauvreté économique justifie la modestie des ambitions nationales.
Cette conviction s'est traduite par une politique volontariste en faveur de l'éducation, avec notamment les Cases des Tout-Petits et l'expansion de l'enseignement supérieur à travers le territoire.
Le chef de l'État a également rappelé l'héritage architectural et infrastructurel laissé par Wade, citant notamment le Grand Théâtre national, le Musée des Civilisations noires, le Monument de la Renaissance africaine ainsi que de nombreuses routes et infrastructures.
Tout en reconnaissant que certaines de ces réalisations ont suscité des débats, il a estimé qu'elles répondaient toutes à une même ambition : permettre au Sénégal de voir grand et de revendiquer pleinement sa place parmi les nations.
Cette même vision l'a conduit à promouvoir le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD), conçu comme un instrument permettant au continent de devenir acteur de son propre développement.
« Chaque Sénégalais a son Wade »
Au-delà du responsable politique et du bâtisseur, Bassirou Diomaye Faye a tenu à évoquer la dimension humaine de l'ancien président.
Selon lui, Abdoulaye Wade a su concilier des exigences souvent considérées comme contradictoires : l'audace sans l'imprudence, la fermeté sans la haine, la fidélité à son parti sans jamais sacrifier la patrie, l'attachement à l'Afrique sans renoncer à l'universel.
C'est pourquoi, a-t-il estimé, chaque Sénégalais conserve sa propre image de Wade.
Pour certains, il demeure l'étudiant brillant convaincu du pouvoir libérateur du savoir. Pour d'autres, l'avocat courageux, l'opposant infatigable, le tribun populaire ou encore le bâtisseur qui a transformé le paysage du pays.
Sa longévité exceptionnelle lui confère aujourd'hui le statut de patriarche national, dont la présence continue constitue un privilège pour la nation.
Un hommage personnel du chef de l'État
Dans la dernière partie de son discours, Bassirou Diomaye Faye a abandonné le registre institutionnel pour s'adresser directement à son prédécesseur.
Il lui a exprimé sa gratitude pour les leçons transmises à plusieurs générations de Sénégalais : la patience, le respect de l'adversaire, l'attachement à l'unité nationale et la conviction que les grandes réalisations exigent une foi inébranlable dans l'avenir.
Le président de la République a également confié que, dans les moments les plus exigeants de la fonction présidentielle, il lui arrive de se tourner en pensée vers certaines figures historiques du pays, parmi lesquelles Abdoulaye Wade occupe une place particulière.
Non pas pour reproduire les réponses du passé, a-t-il précisé, mais pour s'inspirer d'une qualité qu'il juge essentielle : ne jamais désespérer du Sénégal.
Concluant son hommage, Bassirou Diomaye Faye a formulé des vœux de longue vie à l'ancien chef de l'État, estimant que le pays avait encore beaucoup à apprendre de son expérience.
« Vivez encore longtemps parmi nous, Monsieur le Président. Le Sénégal n'a pas fini d'apprendre de vous », a-t-il déclaré avant de conclure par un hommage en wolof : « Président Abdoulaye Wade, Jërëjëf ! Gacce ngalama ! ». Soda SALL