Kristalina Georgieva Directrice FMI : « Le Sénégal a enregistré des progrès encourageants »

À Washington, la directrice générale du Fonds monétaire international a réaffirmé son soutien aux réformes engagées par le président Bassirou Diomaye Faye. Au cœur des discussions : la conclusion rapide d’un nouveau programme financier, le traitement de la dette et le rétablissement de la viabilité des finances publiques.
Kristalina Georgieva : « Le Sénégal a enregistré des progrès encourageants »
La rencontre entre le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, à Washington, ouvre une nouvelle séquence dans les relations entre Dakar et l’institution financière internationale. À l’issue de cet entretien, la patronne du FMI a réaffirmé sa volonté de poursuivre rapidement le dialogue en vue d’un nouveau programme appuyé par le Fonds, tout en saluant les efforts engagés par les autorités sénégalaises pour redresser les finances publiques.
La déclaration de Kristalina Georgieva intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’économie sénégalaise. Confronté à un niveau élevé d’endettement et à la nécessité de restaurer la confiance de ses partenaires financiers, le Sénégal cherche à obtenir l’approbation d’un nouveau programme du FMI, après la conclusion d’un accord technique portant sur un financement de 2,2 milliards de dollars sur trois ans.
Un partenariat réaffirmé au plus haut niveau
« Je suis ravie d’avoir accueilli aujourd’hui le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye au siège du FMI et d’avoir poursuivi notre dialogue constructif sur les priorités de politique économique du Sénégal », a déclaré Kristalina Georgieva, dans un communiqué publié par le Département de la communication du Fonds monétaire international.
La directrice générale a également exprimé sa « profonde reconnaissance pour notre partenariat solide », soulignant la volonté commune de Dakar et du FMI d’avancer rapidement vers la mise en place d’un nouveau programme.
Cette rencontre constitue un prolongement direct des échanges engagés entre les deux parties. Elle intervient environ quinze jours après un premier entretien à Dakar, au cours duquel les autorités sénégalaises et la direction du FMI avaient déjà évoqué les perspectives de coopération financière et les conditions d’un nouvel accompagnement.
À Washington, le président Bassirou Diomaye Faye entendait ainsi maintenir la dynamique du dialogue avec l’institution de Bretton Woods, rassurer les partenaires internationaux et accélérer le processus devant conduire à l’approbation du financement sollicité.
Le FMI salue les efforts de redressement économique
Dans sa déclaration, Kristalina Georgieva a estimé que le Sénégal avait enregistré « des progrès encourageants en consolidant son économie et en améliorant les perspectives en matière d’investissements, d’emplois et de croissance ».
Une appréciation qui intervient alors que le gouvernement sénégalais cherche à rétablir les équilibres macroéconomiques et à améliorer la gestion des finances publiques. La situation budgétaire du pays, marquée par un endettement élevé, impose en effet des mesures destinées à restaurer la soutenabilité de la dette et à redonner des marges de manœuvre à l’État.
La directrice générale du FMI a insisté sur la nécessité de poursuivre les réformes favorisant la stabilité macroéconomique, le développement du secteur privé et l’amélioration des conditions de vie des populations.
« Nos entretiens ont réaffirmé notre volonté commune de faire progresser des réformes qui favorisent la stabilité macroéconomique, renforcent les activités du secteur privé et procurent des avantages sociaux et économiques tangibles à la population sénégalaise », a-t-elle indiqué.
Cette orientation place les investissements, l’emploi et la croissance au centre des priorités du futur programme. Elle traduit également l’importance accordée par le FMI aux effets concrets des réformes sur l’économie réelle et sur les conditions sociales des Sénégalais.
Le traitement de la dette au cœur des engagements
L’un des points majeurs de la déclaration de Kristalina Georgieva concerne la dette publique sénégalaise. La directrice générale du FMI a salué « particulièrement » l’intention des autorités de procéder à un traitement de la dette ainsi que leur détermination à « rétablir rapidement la viabilité des finances publiques ».
Le Sénégal doit désormais engager des discussions avec ses créanciers internationaux afin de rendre sa dette de nouveau soutenable. Selon les éléments communiqués dans le cadre de cette visite, celle-ci atteint 132 % du produit intérieur brut (PIB), un niveau qui pèse lourdement sur les capacités de financement de l’État.
Le traitement de la dette devrait notamment s’inscrire dans le Cadre commun du G20, mécanisme mis en place en 2020 pour accompagner les pays confrontés à des difficultés de remboursement et faciliter, sous certaines conditions, la restructuration de leur dette.
Pour Dakar, l’enjeu est de parvenir à restaurer la confiance des partenaires financiers tout en préservant les capacités de l’État à financer les services publics, les investissements et les politiques de développement.
La maîtrise des dépenses publiques figure également parmi les engagements réaffirmés par le président Bassirou Diomaye Faye au cours de ses échanges à Washington. L’assainissement budgétaire apparaît ainsi comme une condition essentielle de la restauration de la crédibilité financière du Sénégal.
Un financement de 2,2 milliards de dollars toujours attendu
L’accord technique conclu avec le FMI constitue une étape importante dans le processus de négociation du nouveau programme. D’un montant annoncé de 2,2 milliards de dollars sur trois ans, ce financement est présenté comme un instrument essentiel pour accompagner la stabilisation financière du Sénégal.
Cependant, l’accord technique ne signifie pas encore que les fonds sont disponibles. Le programme doit toujours être soumis à l’approbation du conseil d’administration du FMI. Aucune date d’examen du dossier sénégalais n’a encore été fixée au moment de la rencontre de Washington.
L’approbation du programme permettra, selon le processus prévu, d’ouvrir la voie à un premier décaissement. Celui-ci est particulièrement attendu par les autorités sénégalaises pour retrouver des marges de manœuvre financières dans un contexte marqué par les contraintes budgétaires et le poids du service de la dette.
La volonté affichée par Dakar d’accélérer les discussions s’inscrit donc dans une logique de consolidation du partenariat avec le Fonds et de mobilisation rapide de ressources extérieures.
La Banque mondiale maintient son accompagnement
Le déplacement présidentiel aux États-Unis ne s’est pas limité au FMI. Le chef de l’État sénégalais a également rencontré, lundi, les responsables de la Banque mondiale, autre partenaire financier majeur du Sénégal.
À l’issue de ces échanges, la Banque mondiale a réaffirmé son engagement à continuer d’accompagner financièrement le pays. Cette position constitue un signal important pour Dakar, qui cherche à rassurer les bailleurs internationaux et à mobiliser de nouvelles ressources en faveur de ses priorités économiques et sociales.
Le soutien de la Banque mondiale intervient dans une période où la restauration de la confiance des institutions financières internationales est devenue un enjeu central pour le Sénégal. La coordination entre les différents partenaires apparaît dès lors déterminante pour soutenir les réformes et accompagner les investissements nécessaires au développement.
L’offensive diplomatique économique de Dakar
La visite de Bassirou Diomaye Faye à Washington, du dimanche 13 au mardi 15 septembre 2026, s’inscrit dans une offensive diplomatique destinée à attirer les investissements et à diversifier les partenariats économiques du Sénégal.
Au-delà des institutions de Bretton Woods, le président sénégalais a engagé des démarches auprès d’entreprises américaines afin de renforcer l’attractivité du pays et de mobiliser de nouvelles ressources.
Cette démarche s’est notamment traduite par l’annonce d’un investissement de 300 millions de dollars de la société américaine de cybersécurité Cybastion. Ce financement est destiné notamment à soutenir la lutte contre la cybercriminalité au Sénégal.
L’annonce illustre la volonté des autorités de développer des partenariats dans des secteurs stratégiques, en particulier celui du numérique et de la sécurité informatique, tout en renforçant les perspectives d’investissement privé.

Vers une nouvelle étape du partenariat Sénégal-FMI
Au terme de son entretien avec le président Bassirou Diomaye Faye, Kristalina Georgieva a réaffirmé l’engagement du FMI à soutenir les ambitions de développement du Sénégal.
« Nous sommes pleinement déterminés à soutenir les efforts de réforme des autorités dans la poursuite de leurs ambitions de développement. Je suis convaincue qu’en travaillant de concert, nous pourrons obtenir des résultats pérennes pour le peuple sénégalais », a-t-elle déclaré.
Cette position confirme la poursuite du dialogue entre Dakar et le Fonds, alors que les autorités sénégalaises s’efforcent d’obtenir rapidement un nouveau programme financier.
La prochaine étape demeure l’examen du dossier par le conseil d’administration du FMI. Dans l’intervalle, le gouvernement devra poursuivre les réformes annoncées, notamment en matière de gestion des dépenses publiques, de soutenabilité de la dette et de consolidation budgétaire.
Pour le Sénégal, l’enjeu dépasse la seule mobilisation d’un financement extérieur. Il s’agit de restaurer durablement les équilibres financiers, de préserver les perspectives de croissance et de créer les conditions d’un développement économique capable de produire des effets tangibles pour les populations.
Une diplomatie tournée vers la diversification des financements
Après Washington, le président Bassirou Diomaye Faye devait se rendre aux Émirats arabes unis, du mardi soir au jeudi, avec l’objectif de poursuivre cette stratégie de diversification des sources de financement du Sénégal.
Cette succession de rencontres avec les institutions financières internationales et les partenaires privés traduit une volonté de renforcer les appuis extérieurs du pays dans un contexte économique exigeant.
À Washington, le message du FMI est désormais clairement formulé : le Sénégal a engagé des efforts encourageants, mais la restauration de la viabilité de ses finances publiques demeure une priorité. La réussite de cette nouvelle étape dépendra de la poursuite des réformes, de la mise en œuvre du traitement de la dette et de l’aboutissement du processus d’approbation du nouveau programme financier. Soda SALL