LA DIALECTIQUE DE L’ÉDIFICATION DU SOCIALISME COMMUNISTE ET LE MARCHÉ ?

LA DIALECTIQUE DE L’ÉDIFICATION  DU SOCIALISME COMMUNISTE ET LE MARCHÉ ?

La confusion est totalement entretenue par les renégats du communisme lesquels ne font que répéter comme des perroquets la propagande capitaliste impérialiste confondant, voire fusionnant même capitalisme et marché pour invalider toute utilisation du marché pour le mettre au service de l’édification de la première phase du communisme qu’est le socialisme. Toute expérience révolutionnaire qui prend en compte les lois du marché est aussitôt qualifiée de « capitalisme ». Il y a là une supercherie de droite et de gauche qui consiste à conférer la propriété du marché au seul capitalisme. Les réformistes de droite et de gauche s’entendent pour disqualifier toutes les expériences communistes parce qu’en soi le socialisme, première étape du communisme, est en soi incompatible avec le marché.

Les déviationnistes de droite et gauche tombent dans le piège idéologique attrape-nigaud du capitalisme impérialiste qui les amènent à nier que « Ce à quoi nous avons affaire ici, c'est à une société communiste non pas telle qu'elle s'est développée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire, telle qu'elle vient de sortir de la société capitaliste; une société par conséquent, qui, sous tous les rapports, économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l'ancienne société des flancs de laquelle elle est issue » (Marx dans Critique du programme de Gotha).

Marx et Engels liste les inégalités inévitables entre travailleurs dans la première phase du communisme parce que l’échange, donc le marché, fait que le travailleur « Le même quantum de travail qu'il a fourni à la société sous une forme, il le reçoit d'elle, en retour, sous une autre forme. C'est manifestement ici le même principe que celui qui règle l'échange des marchandises pour autant qu'il est échange de valeurs égales. Le fond et la forme diffèrent parce que, les conditions étant différentes, nul ne peut rien fournir d'autre que son travail et que, par ailleurs, rien ne peut entrer dans la propriété de l'individu que des objets de consommation individuelle. Mais pour ce qui est du partage de ces objets entre producteurs pris individuellement, le principe directeur est le même que pour l'échange de marchandises équivalentes : une même quantité de travail sous une forme s'échange contre une même quantité de travail sous une autre forme. Le droit égal est donc toujours ici, dans son principe... Le droit bourgeois, bien que principe et pratique ne s'y prennent plus aux cheveux, tandis qu'aujourd'hui l'échange d'équivalents n'existe pour les marchandises qu'en moyenne et non dans le cas individuel… Mais ces défauts sont inévitables dans la première phase de la société communiste, telle qu'elle vient de sortir de la société capitaliste, après un long et douloureux enfantement. Le droit ne peut jamais être plus élevé que l'état économique de la société et que le degré de civilisation qui y correspond » (idem).

La puissance de la projection historique des fondateurs du communisme, même limitée par le niveau de développement et le développement inégal des forces productives ainsi que le niveau général des connaissances scientifiques de leur époque, peut être mesurée par la prise en compte dialectique de différentes phases dans le processus d’édification de la société communiste dont l’aboutissement est décrit ainsi : « Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l'asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins! » (idem).

Les fondateurs du communisme scientifique ont dès le départ jeté les bases d’une dialectique entre niveau des forces productives, division du travail, opposition entre travail manuel et travail intellectuel, abondance des richesses collectives, et le marché, etc dans le processus de l’édification d’une société socialiste.

L’URSS et le marché

La première expérience de prise en compte du marché dans le cadre de l’édification de l’alternative socialiste communiste au capitalisme a été la NEP en URSS. La montée du fascisme comme bélier pour détruire les forces communistes porteuses de l’alternative à la crise systémique de surproduction et de sur-accumulation dans les années 30 du XXéme siècle a été le facteur déterminant de la contre-offensive communiste qui a mis fin à l’existence à la NEP, donc des classes capitalistes Koulaks des campagnes et Nepmens des villes. Il fallait neutraliser, voire éliminer la cinquième colonne de classes que constituaient les Koulaks et les Nepmens puis leurs relais politiques à l’intérieur du parti Bolchevik (droitiers boukharinistes, gauchistes trotskistes, qui ont progressivement muté en agents du nazisme).

L’économie socialiste en URSS combinait donc à la campagne les Sovkhozes (secteur socialiste d’État) et les Kolkhozes (secteur coopératif paysan). Mais avant le plan initial élaboré est décrit par Staline ainsi : « La réponse de Lénine se ramène brièvement à ceci : a) ne pas laisser échapper les conditions favorables à la prise du pouvoir; le prolétariat prendra le pouvoir sans attendre que le capitalisme ait réussi à ruiner les millions de petits et moyens producteurs individuels; b) exproprier les moyens de production dans l'industrie et les remettre en la possession du peuple; c) pour les petits et moyens producteurs individuels, on les groupera progressivement dans des coopératives de production, c'est-à-dire dans de grosses entreprises agricoles, les kolkhoz; d) développer par tous les moyens l'industrie et assigner aux kolkhoz une base technique moderne, celle de la grande production; ne pas les exproprier mais, au contraire, les fournir abondamment de tracteurs et autres machines de premier ordre; e) pour assurer l'alliance économique de la ville et des campagnes, de l'industrie et de l'agriculture, on maintiendra pour un temps la production marchande (échange par achat et vente), comme la forme la seule acceptable — pour les paysans — des relations économiques avec la ville, et on développera à fond le commerce soviétique — le commerce d’État et le commerce coopératif et kolkhozien —, en éliminant du commerce tous les capitalistes. L'histoire de notre édification socialiste montre que cette voie de développement, tracée par Lénine, est entièrement justifiée » (Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S.).

Contrairement à une légende répandue par les opportunistes de droite et de gauche répétant à l’envi la propagande des « thinks tanks » capitalistes impérialistes, il n’a jamais été question de « supprimer le marché, le commerce », mais « d’éliminer du commerce tous les capitalistes », donc les Nepmens et les Koulaks. La Constitution de 1936 notant l’élimination des capitalistes en tant que classe sociale, donc des Nepmens et des Koulaks ne dit à aucun moment que « le marché, le commerce est éliminé ».

En effet, la question posée aux Bolcheviks était : « Que doivent faire le prolétariat et son parti dans tel ou tel pays, y compris le nôtre, où les conditions sont favorables à la prise du pouvoir par le prolétariat et au renversement du capitalisme, où le capitalisme dans l'industrie a concentré les moyens de production au point qu'on peut les exproprier et les remettre en la possession de la société, mais où l'agriculture, malgré le progrès du capitalisme, est émiettée entre les nombreux petits et moyens propriétaires-producteurs au point que la possibilité ne se présente pas d'envisager l'expropriation de ces producteurs ?... Ainsi, comment faire si tous les moyens de production n'ont pas été socialisés, mais seulement une partie, et si les conditions favorables à la prise du pouvoir par le prolétariat sont réunies, — faut-il que le prolétariat prenne le pouvoir et faut-il aussitôt après supprimer la production marchande ? On ne peut certes pas qualifier de réponse l'opinion de certains pseudo-marxistes qui considèrent que, dans ces conditions, il conviendrait de renoncer à la prise du pouvoir et d'attendre que le capitalisme ait pris le temps de ruiner les millions de petits et moyens producteurs, de les transformer en salariés agricoles et de concentrer les moyens de production dans l'agriculture; qu'après cela seulement on pourrait poser la question de la prise du pouvoir par le prolétariat et de la socialisation de tous les moyens de production. On comprend que les marxistes ne peuvent accepter pareille « solution » sans risquer de se déshonorer à fond. On ne peut pas non plus considérer comme une réponse l'opinion d'autres pseudo-marxistes qui pensent qu'il conviendrait peut-être de prendre le pouvoir, de procéder à l'expropriation des petits et moyens producteurs à la campagne et de socialiser leurs moyens de production. Les marxistes ne peuvent pas non plus s'engager dans cette voie insensée et criminelle qui enlèverait à la révolution prolétarienne toute possibilité de victoire et rejetterait pour longtemps la paysannerie dans le camp des ennemis du prolétariat » (idem).

Voilà pourquoi, quand il a fallu liquider la classe des capitalistes Koulaks en campagne, deux formes de propriété sociale ont vu le jour que Staline justifie ainsi : « On dit que depuis que la propriété sociale des moyens de production occupe une position dominante dans notre pays et que le salariat et l'exploitation ont été liquidés, la production marchande n'a plus de sens, qu'il faudrait par conséquent l'éliminer. Cela est également faux. A l'heure actuelle, il existe chez nous deux formes essentielles de production socialiste: celle de l'Etat, c'est-à-dire du peuple entier, et la forme kolkhozienne, que l'on ne peut pas appeler commune au peuple entier. Dans les entreprises d'Etat, les moyens de production et les biens produits constituent la propriété du peuple entier. Dans les entreprises kolkhoziennes, bien que les moyens de production (la terre, les machines) appartiennent à l'Etat, les produits obtenus sont la propriété des différents kolkhoz qui fournissent le travail de même que les semences ; les kolkhoz disposent pratiquement de la terre qui leur a été remise à perpétuité comme de leur bien propre, quoiqu'ils ne puissent pas la vendre, l'acheter, la donner à bail ou la mettre en gage. L'Etat ne peut donc disposer que de la production des entreprises d'Etat, les kolkhoz bénéficiant de leur production comme de leur bien propre. Mais les kolkhoz ne veulent pas aliéner leurs produits autrement que sous la forme de marchandises, en échange de celles dont ils ont besoin. Les kolkhoz n'acceptent aujourd'hui d'autres relations économiques avec la ville que celles intervenant dans les échanges par achat et vente de marchandises. Aussi la production marchande et les échanges sont-ils chez nous, à l'heure actuelle, une nécessité pareille à celle d'il y a trente ans, par exemple, époque à laquelle Lénine proclamait la nécessité de développer par tous les moyens les échanges » (idem).  

Les communistes qui sont des démocrates conséquents démontrent ici, à l’encontre des mythes accusateurs mensongers, que la première expérience d’édification du socialisme, première phase du communisme, est restée sur le terrain de la construction scientifique de la nouvelle société anti-capitaliste. C’est l’idiot utile trotskiste Krouchtchev qui va rompre cette démarche scientifique en lançant l’illusion gauchiste d’un dépassement de la phase socialiste vers les années 1980 et l’ont sait ce qui adviendra à partir des années 1989/90 : la contre-révolution bourgeoisie et la restauration capitaliste.

Toutes les constructions imaginaires des ennemis de classe du communisme des classes laborieuses confondant capitalisme et marché ou commerce se sont révélées inopérantes durant les 35 premières années d’édification du socialisme au point même que le capitalisme en crise systémique endémique de surproduction et sur-accumulation s’en est inspiré pour se sauver conjoncturellement de la grande dépression des années 30 du XXéme siècle à la fois par la guerre fasciste contre les peuples d'Europe, en particulier contre l’URSS, et en Asie et par le « New Deal » keynésien aux USA puis après la seconde guerre dans les autres pays impérialistes, qui n'est en réalité qu'une façon de singer le socialisme communiste.

Il faut attendre la défaite de l’URSS et du camp socialiste d’Europe pour que les impérialistes libérés temporairement de la bride socialiste qui les retenait lancent bille en tête l’offensive totalitaire de la contre révolution libérale, baptisée ultralibérale ou ordolibérale comme la seule politique économique possible.

Le marché au service du mode de production dominant

La restauration du capitalisme dans l’ex-URSS a été agitée comme la preuve que le capitalisme est un mode de production « éternel » irremplaçable. Que c’est la négation du « marché » par les communistes qui est à l’origine de « l’échec du socialisme », que « l’individualisme est l’essence de l’humain et non le collectif ».

Et sur cette base l’impérialisme en a profité pour imposer au monde entier « there is no alternativ » au libéralisme dans sa course effrénée pour saccager toutes les conquêtes sociales et démocratiques qu’il avait été contraint de concéder sous les coups de butoirs de la lutte des classes du monde du travail et des luttes de libérations nationales des peuples opprimés. Tous ces conquis ont été gagnés dans le contexte du monde bipolaire né de la victoire de l’URSS contre le nazisme et l’élargissement du camp socialiste à l’est européen et au Sud global colonisé. A SUIVRE

Diagne Fodé Roland