Le MSP à l’heure du choix : de la troisième voie sahraouie à l’acteur du compromis

Le MSP à l’heure du choix : de la troisième voie sahraouie à l’acteur du compromis

À quelques semaines du rendez-vous d’octobre au Conseil de sécurité, le Mouvement sahraoui pour la paix tente de franchir une nouvelle étape : ne plus seulement contester le monopole politique du Polisario, mais devenir une force capable de contribuer à la construction d’un compromis sahraoui et international.

Pendant longtemps, la question du Sahara occidental a été présentée comme un face-à-face presque immuable : le Maroc d’un côté, le Front Polisario de l’autre, avec l’Algérie, la Mauritanie et les Nations unies autour d’une table diplomatique dont la composition semblait définitivement établie.

En 2026, cette photographie commence pourtant à vieillir.

Non parce que le conflit serait résolu, ni parce que les positions historiques auraient disparu, mais parce qu’un phénomène plus discret est en train de s’installer : le paysage politique sahraoui lui-même se pluralise.

Au centre de cette évolution apparaît le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP).

Créé en 2020 par des Sahraouis issus pour partie de l’expérience du Polisario, le mouvement s'est progressivement construit autour d'une idée simple : après un demi-siècle de conflit, aucune solution durable ne pourra être obtenue par l’exclusion, le maximalisme ou la prétention d’une seule organisation à parler au nom de l’ensemble des Sahraouis.

Cette idée prend aujourd’hui une dimension nouvelle.

Octobre 2026 change la perspective

Le calendrier international donne à cette évolution une importance particulière. Le mandat actuel de la MINURSO arrive à échéance le 31 octobre 2026. Le Conseil de sécurité devra donc de nouveau se prononcer sur l’avenir de la présence onusienne et, au-delà, sur la dynamique politique du dossier.

La question qui se pose n’est plus uniquement celle de la prolongation d’une mission créée en 1991. Elle concerne également l’efficacité du cadre politique qui accompagne depuis des décennies un conflit toujours sans règlement définitif.

Dans ce contexte, une interrogation devient progressivement incontournable :

peut-on rechercher une solution politique durable tout en maintenant la société sahraouie enfermée dans une représentation politique unique ?

C’est précisément dans cet espace que le MSP cherche aujourd’hui à s’installer.

Sa progression diplomatique ne signifie pas qu’il ait remplacé le Polisario, ni qu’il puisse prétendre à son tour représenter seul les Sahraouis. Ce serait reproduire exactement le modèle qu’il conteste.

Son importance est ailleurs : son existence démontre que le monde politique sahraoui n’est plus monolithique.

De Washington au dialogue intersahraoui

L’année 2026 a marqué à cet égard une évolution notable.

Le MSP a renforcé ses contacts internationaux et une délégation conduite par son premier secrétaire, Hach Ahmed Baricalla, a notamment été reçue à New York par le représentant permanent américain auprès des Nations unies, Mike Waltz. Cette rencontre a donné au mouvement une visibilité internationale inhabituelle pour une organisation sahraouie extérieure au Polisario.

Mais la véritable évolution politique du MSP pourrait finalement se jouer moins à Washington ou à New York qu’à l’intérieur de la société sahraouie elle-même.

Fin août, Mohamed Cherif, responsable des relations internationales du mouvement, a franchi un pas significatif : le MSP s’est déclaré disposé à participer au XVIIe congrès du Front Polisario, tout en précisant qu’une telle participation se ferait en tant que force politique indépendante et ne signifierait ni adhésion au Front ni abandon de ses propres positions.

Cette proposition mérite davantage d’attention qu’elle n’en a reçu.

Car elle transforme la nature du débat.

Jusqu’ici, la confrontation entre le Polisario et ses opposants sahraouis tournait essentiellement autour d’une question de légitimité : qui représente les Sahraouis ?

Le MSP tente désormais d’introduire une autre question :

les Sahraouis peuvent-ils être politiquement différents tout en discutant ensemble de leur avenir ?

La nuance est fondamentale.

Ne pas remplacer un monopole par un autre

La crédibilité future du MSP dépendra justement de sa capacité à résister à une tentation : celle de vouloir devenir le nouveau détenteur d’une représentation exclusive.

Le mouvement gagnerait davantage à défendre le principe selon lequel aucun acteur — Polisario, MSP ou autre courant — ne peut résumer à lui seul la diversité politique d’une population dispersée entre les camps de Tindouf, le Sahara administré par le Maroc, la Mauritanie et une importante diaspora internationale.

Le pluralisme sahraoui ne devrait donc pas être considéré comme une faiblesse.

Il pourrait devenir une partie de la solution.

Indépendantistes, partisans d’une autonomie négociée, défenseurs d’un compromis intermédiaire ou Sahraouis simplement désireux de sortir leurs familles d’un conflit transmis de génération en génération : toutes ces sensibilités existent.

Une architecture politique crédible devra tôt ou tard trouver le moyen de les entendre.

Le véritable défi du MSP

Le mouvement entre ainsi dans une phase beaucoup plus difficile que celle de sa création.

Créer une opposition est relativement simple.

Devenir une force de proposition est beaucoup plus exigeant.

Le MSP devra désormais démontrer qu’il dispose non seulement d’un discours de paix, mais d’une conception précise des garanties politiques, du retour des réfugiés, de la réconciliation, de la représentation démocratique, du partage des responsabilités institutionnelles et de la protection des différentes sensibilités sahraouies dans le cadre d’un éventuel accord.

C’est sur ces questions concrètes qu’il sera jugé.

Sa valeur politique ne dépendra donc pas uniquement du nombre de rencontres diplomatiques qu’il obtiendra, mais de sa capacité à transformer le mot « compromis » en architecture politique crédible.

Une main tendue au Polisario

La proposition de participer au prochain congrès du Polisario pourrait, dans cette perspective, constituer un test.

Le Polisario peut la refuser et continuer à considérer le MSP comme une dissidence extérieure à son espace politique.

Mais il pourrait également choisir une autre voie : accepter que la divergence ne signifie pas nécessairement la trahison et que l’unité d’un peuple n’exige pas l’uniformité politique.

Pour le MSP, participer à un dialogue avec le Polisario sans renoncer à son indépendance serait également un test de maturité.

Une organisation qui se présente comme une force de paix doit pouvoir parler à ceux dont elle conteste la stratégie.

La paix commence rarement entre ceux qui pensent déjà la même chose.

Après cinquante ans, changer la question

Pendant des décennies, la question centrale du conflit a été : qui gagnera ?

Peut-être le moment est-il venu d’en poser une autre :

comment sortir d’un conflit dans lequel aucune génération sahraouie ne devrait être condamnée à attendre encore cinquante années ?

C’est précisément là que le MSP peut trouver sa véritable place historique.

Non comme un instrument destiné à remplacer le Polisario.

Non comme une organisation chargée de légitimer à elle seule une solution décidée ailleurs.

Mais comme une force sahraouie indépendante capable de rapprocher des positions que tout semblait condamner à rester inconciliables.

À l’approche du rendez-vous d’octobre 2026, la diplomatie internationale regardera naturellement Rabat, Alger, le Polisario, Washington et les Nations unies.

Elle devrait également regarder ce qui évolue à l’intérieur de la société sahraouie.

Car derrière la bataille diplomatique se trouve une question beaucoup plus profonde : celle de savoir si les Sahraouis peuvent enfin disposer d’un espace politique où plusieurs voix puissent exister, se confronter et finalement négocier.

Si le MSP réussit à transformer sa « troisième voie » en culture du compromis, son importance ne se mesurera plus seulement à sa capacité à être reçu dans les capitales.

Elle se mesurera à quelque chose de beaucoup plus difficile :

sa capacité à contribuer à réunir autour d’une même table ceux que cinquante années de conflit ont séparés. Par Hamoud Ghaillani