Le Sénégal doit résolument défendre ses intérêts stratégiques directement menacés par les terroristes

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, le Sahel central s’est progressivement enfoncé dans une spirale d’insécurité sans précédent. La crise sécuritaire frappe plus durement le Niger, le Burkina Faso et le Mali. Ce dernier pays déjà fragilisé par ses contradictions internes, a vu affluer des groupes terroristes lourdement armés et surtout idéologiquement déterminés. Plus d’une décennie après, malgré une phase de stabilisation de dix années rendue possible surtout par les français, les Tchadiens et l’ONU, la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader. Après avoir semé la terreur dans le nord et le centre du Mali, montré leur capacité de nuisance dans la région de Kayes jusqu’à la frontière sénégalaise, les groupes terroristes avancent aujourd’hui vers la région aurifère de Kédougou. Le spectre de Bamako asphyxié, coupé de ses couloirs de ravitaillement Ouest et Est devient de plus en plus réel et la menace d’attaque contre les infrastructures aurifères et énergétique du Sénégal oriental ne peuvent échapper à un esprit averti. Ceci constitue directement une menace identifiée pour la stabilité de toute la région ouest africaine et surtout du Sénégal qui semble se suffire d’une posture défensive derrière les fleuve Falémé et Sénégal qui rappellent quelque part l’inefficace ligne Maginot. Est-ce une posture, une stratégie à pérenniser ? La crainte d’un enlisement dans cet imbroglio sécuritaire difficile à circonscrire, fait-il hésiter le Sénégal et ses voisins ? Quid des promesses fermes de soutien au Mali, au Burkina, au Niger exprimées notamment en Mai et Aout 2025 ? A-t-on perdu de vue que comme dans toute crise, les parties légitimes qui combattent pour la justice et le droit finissent toujours par l’emporter tant les terroristes qui ensanglantent le sahel bafouent toutes les règles élémentaires du droit humanitaire ? Notre politique de sécurité nationale nous oblige-t-elle à ne pas nous engager ? Y’a-t-il d’autres alternatives à cette posture défensive, et qui permettront au Sénégal de mieux défendre ses intérêts et se positionner comme une puissance sous régionale qui se sent responsable d’une zone qui dépasse ses frontières nationales ?
- La déstabilisation du Mali par les terroristes et ses conséquences
- En juin 2023 : une attaque à Niono a paralysé l’axe Ségou–Mopti bien que le lieu de l’attaque ne soit pas sur l’itinéraire.
- En janvier 2024 : un convoi militaire a été décimé dans le cercle de Macina.
- En Décembre 2023 et puis en mai 2024 : des villages autour de Farabougou situé au Nord de Ségou ont subi des assauts coordonnés des terroristes entrainant des déplacements de population.
- En Septembre 2024 : une attaque coordonnée d’une caserne de gendarmerie et la Base aérienne 101 de Bamako a montré que l’ennemi peut frapper partout, par surprise et souvent et arrivant même à s’exfiltrer en toute impunité
- En Juin 2025 : une attaque coordonnée du camp militaire et de l’aéroport de Tombouctou confirme à quel point l’ennemi est partout à l’affut
- En 19 août 2025 : le camp de Farabougou situé au nord de Ségou a été attaqué, causant de lourdes pertes, la fuite des populations et accentuant la pression sur l’axe Bamako–Ségou.
- Le Sénégal face à la menace contre ses intérêts stratégiques
- Axe Bamako–Ségou–Mopti : colonne vertébrale du Mali central, il est aujourd’hui largement contesté par les groupes armés. Sa coupure définitive isolerait Bamako de la moitié nord du pays qu’elle ravitaille en grande partie à partir des produits venant de la cote atlantique.
- Axe Bamako–Sikasso- Ouagadougou : couloir stratégique pour les flux vers le Burkina Faso. Son instabilité renforcerait la pression sur les frontières sud contribuant encore à l’isolement de la capitale et impactera durement le transit avec le Burkina Faso
- Axe Bamako–Sikasso- Abidjan : couloir stratégique pour les flux vers ou en provenance de la Côte d’Ivoire avec son port concurrent de celui de Dakar. Son instabilité renforcerait la pression sur les frontières sud aussi et compléterait l’isolement de la capitale que ne peut suppléer le corridor Conakry-Bamako.
- Axe Bamako-Nioro du sahel- Nouakchott : Couloir économique, certes de moindre importance par rapport à ceux de Dakar et d’Abidjan mais par où transite des populations et des marchandises venant du port de Nouakchott. L’insécurité qui prévaut dans la région qu’elle traverse avant la frontière entre les deux pays contribue plus à l’isolement de la capitale malienne
- Axe Bamako–Kayes–Dakar : ce couloir est vital pour le commerce entre les deux pays et les mouvements des populations. Une déstabilisation de la région de Kayes fragiliserait directement le corridor Dakar–Bamako, menaçant l’économie sénégalaise fortement liée à celle de son voisin. Plus de 800 milliards de francs CFA transitent par ce corridor à l’origine des lourds investissements consentis pour les nouveaux ports de Sendou et Ndayane. Le récent embargo économique imposé au Mali par la CEDEAO a montré à suffisance l’intérêt de notre pays pour le maintien de ce corridor économique stratégique pour le Sénégal et vital pour le Mali. Un embargo imposé par les terroristes entrainera de plus graves conséquences. Le kidnapping de 06 camionneurs sénégalais opéré le 11 Aout dernier par les terroristes et la destruction complète de leur véhicule suivi de leur libération le surlendemain montre que ces derniers visent par des menaces et les récits des survivants libérés à décourager les camionneurs à s’engager sur cette route. Leurs prochaines actions seront plus féroces si les forces de sécurité n’arrivent pas à assurer une veille permanente sur cet axe stratégique et vital à la fois.
- Zone du Bambouk (Kéniéba–Kédougou) : riche en or, englobant la frontière sénégalo-malienne et abritant le barrage hydro électrique de Manantali, elle représente un enjeu énergétique, économique et sécuritaire majeur. Plus de la moitié de l’or du Mali provient de cette région. Sa déstabilisation par les groupes armés ouvrirait une brèche directe dans la région de Kédougou et constituerait un sanctuaire pour les terroristes tant le terrain le rend favorable.
- Pour une posture dynamique et proactive du Sénégal