Le Soudan en guerre : impasse militaire, rivalités régionales et diplomatie en échec

Le Soudan en guerre : impasse militaire, rivalités régionales et diplomatie en échec

Le Soudan est aujourd’hui plongé dans une guerre civile prolongée qui a fragmenté le pays et provoqué l’une des pires crises humanitaires au monde. Depuis 2023, le conflit oppose l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (RSF), deux factions issues du même appareil militaire ayant pris le pouvoir après la chute du régime d’Omar el-Béchir. Incapables de se départager militairement, elles se partagent désormais le territoire : l’armée contrôle l’est et le centre, y compris Khartoum, tandis que les RSF dominent l’ouest, notamment le Darfour. Cette situation alimente le risque d’une partition durable du pays.

Sur le plan humanitaire, les conséquences sont catastrophiques : des millions de personnes ont été déplacées, dont plusieurs millions de réfugiés à l’étranger, et près de la moitié de la population souffre d’insécurité alimentaire aiguë, voire de famine. Les infrastructures sont détruites, notamment dans la capitale, devenue en grande partie inhabitable. Les civils, en particulier les femmes et les enfants, subissent des violences extrêmes, y compris des violences sexuelles et des exactions massives.

Le conflit est également alimenté par des ingérences étrangères. Plusieurs puissances régionales soutiennent les deux camps, transformant la guerre en conflit par procuration. Les Émirats arabes unis appuient les RSF, tandis que l’Égypte, l’Arabie saoudite et d’autres soutiennent l’armée. Cette rivalité, notamment entre Riyad et Abou Dhabi, bloque les efforts diplomatiques. Elle s’inscrit dans une compétition plus large pour l’influence en mer Rouge et dans la Corne de l’Afrique, région stratégique.

Les tentatives de médiation, notamment via le “Quad” (États-Unis, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Égypte), ont échoué à produire des concrets. Une feuille de route proposée en 2025, prévoyant une trêve humanitaire suivie d’un processus politique, n’a jamais été mise en œuvre, en raison des divergences entre les acteurs internationaux et du refus des belligérants de faire des concessions. L’absence d’accord sur l’issue politique du conflit – rôle de l’armée, avenir des RSF, place des islamistes – bloque toute avancée.

Par ailleurs, la guerre au Moyen-Orient détourne l’attention internationale, ralentissant encore les efforts diplomatiques. Pendant ce temps, les combats se poursuivent, notamment dans la région stratégique du Kordofan, sans qu’aucun camp ne prenne l’avantage décisif. Le conflit risque aussi de s’étendre aux pays voisins, comme l’Éthiopie ou l’Érythrée, aggravant l’instabilité régionale.

Malgré ce tableau sombre, des solutions existent. Une avancée passe par un alignement des puissances extérieures, en particulier celles du Golfe, sur une vision commune de l’après-guerre. Cela impliquerait des compromis : contenir les RSF sans les éliminer totalement, limiter l’influence islamiste au sein de l’armée et soutenir la formation d’un gouvernement civil inclusif. Les États-Unis, bien que contestés, restent un acteur clé pour impulser cette dynamique, mais devront intensifier leurs efforts diplomatiques.

Enfin, d’autres acteurs – africains, européens et multilatéraux – doivent jouer un rôle complémentaire pour relancer le dialogue, soutenir un cessez-le-feu et préparer une transition politique. Sans une mobilisation internationale coordonnée, la guerre risque de s’enliser durablement, avec des conséquences toujours plus graves pour le Soudan et la région.