Les falsifications autour de l’attentat contre l’AMIA et la « piste des 3 États »

Un tribunal argentin vient de juger, le 12 avril 2024, que l’Iran et le Hezbollah seraient responsables des attentats meurtriers contre l’ambassade d’Israël à Buenos-Aires et l’Association mutuelle israélite argentin (AMIA) dans les années 90. C’est l’aboutissement d’un long processus de falsification qui révolte les victimes. Nous reproduisons ici un article ancien de José Petrosino, meilleur connaisseur de cette affaire.
J’ai commencé mon « enquête officieuse » sur les deux attentats de Buenos Aires au lendemain de l’attentat contre l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA), le 18 juillet 1994. Jusque-là, j’avais cru à la version officielle sur l’attentat contre l’ambassade israélienne deux ans plus tôt, le 17 mars 1992 : « Ce sont les Arabes », disait-on, sans accorder trop d’attention à la question.
La répétition de l’explosion, 28 mois plus tard, plus sournoise et contre une cible entièrement argentine, m’a fortement frappé, car il était impensable qu’un tel drame, inédit dans le monde à l’époque, puisse se réitérer dans un même pays.
J’ai tout de suite pensé qu’il était impossible pour « les Arabes » de nuire à leurs ennemis sionistes, en étant aussi cruels envers un pays ami, il y en a prés de 200 autres dans le monde, qu’ils pouvaient avoir dans le collimateur et où il leur serait plus facile de mener des attaques qu’en Argentine, qui était pour eux un pays lointain dans tous les sens du terme.
À partir de là, j’étais certain que « quelque chose de différent » de ce qui était censé être adopté comme explication incontestable se cachait derrière les 2 « attentats ».
Presque instantanément, les gouvernements d’Israël et des États-Unis (comme cela s’était produit dans le cas de l’attaque contre l’ambassade) « affirmèrent » que l’Iran et le Hezbollah étaient leurs ennemis (comment l’avaient-ils su si rapidement et avec une telle certitude ?), et il était notoire qu’ils avaient réussi à imposer au « gouvernement » du faible Carlos Menem cette « hypothèse » qui servait leurs intérêts, comme la seule piste à suivre, à l’exclusion de tout autre. C’est le début d’une dissimulation complice, et criante, qui s’est poursuivie sans problème jusqu’à présent.
Dans le même temps, les « accusés » (à tort), l’Iran et le Hezbollah, condamnaient « l’attentat » et niaient catégoriquement avoir le moindre lien avec celui-ci, ce qu’ils ont toujours soutenu.
Début 1995, j’ai acquis la certitude absolue de l’inexistence de la voiture piégée (la « marque » musulmane des attentats), « certitude » qui avait été imposée par les « sauveteurs israéliens » (jusqu’à leur arrivée le 19 juillet 1994 dans la nuit, tous les experts consultés par les médias avaient affirmé que l’explosion avait été interne) et que de faux indices avaient été placés à des endroits choisis pour faire paraître véridique l’histoire de la voiture piégée.
Ce qui m’a conduit à la conclusion que nous étions en présence « d’attentats d’État » et que, puisqu’il ne s’agissait pas de musulmans, il était bien plus raisonnable de supposer que les menteurs et falsificateurs étaient les ennemis des « Arabes » et ceux qui les avaient accusés instantanément.
Ces considérations et l’eau qui a coulé sous les ponts depuis, confirmant que l’étouffement de l’enquête relevait d’une certaine « raison d’État » (immuable) pour les six « gouvernements » argentins qui se sont succédé, nous ont conduits, moi et un groupe d’amis qui travaillons ensemble sur le sujet depuis 2002, à élargir notre recherche dans tous ses aspects : historique, contexte international, matérialité des faits, « noms », imputations et conséquences, un ensemble que nous avons appelé : « la piste des 3 États » (Israël et/ou les USA : les auteurs, les bénéficiaires, et la part nationale dans une complicité forcée).
Examinons brièvement chacun de ces points :
LES ANTÉCÉDENTS
Les États-Unis ont eu recours à plusieurs reprises dans le passé à des opérations dites « sous fausse bannière » pour lancer des stratégies conçues en amont.
Sont reconnues comme telles : l’explosion du cuirassé Maine dans le port de La Havane en 1898 pour déloger l’Espagne de son empire d’Amérique ; le naufrage du Lusitania pour s’engager dans la Première Guerre mondiale ; le harcèlement de l’Empire japonais en 1941 par un embargo pétrolier total qui ne leur laissait d’autre issue qu’une « attaque surprise » sur Pearl Harbor et un « laissez-faire » des Yankees pour justifier leur entrée dans la Seconde Guerre mondiale ; l’« incident » du Golfe du Tonkin qui a entraîné l’invasion du Vietnam en 1964 ; et l’attentat le plus récent, bien que toujours controversé, celui du 11 septembre qui a permis l’invasion de l’Asie centrale. Israël a également mis en œuvre ce type « d’opérations ». Celle qui a eu la plus grande diffusion publique a été « l’affaire Lavon » en Égypte en 1954.
LE CONTEXTE INTERNATIONAL
L’événement déterminant (« la charnière historique »), qui a considérablement perturbé les relations internationales, a été l’implosion inattendue de l’URSS en 1990, concomitante avec l’inauguration de la présidence de Carlos Menem en pleine crise hyper inflationniste de la fin du règne de Raúl Alfonsin (1983-1989) , ce qui mettait le pays dans une situation d’extrême faiblesse.
Entre autres choses, cela a provoqué un changement dans la position de l’Empire yankee, qui est soudain devenu le seul sur toute la terre à faire face à l’Iran des Ayatollahs. Ceux-ci sont passés du statut « d’ennemi de l’ennemi » à nouvel « ennemi » (unique), car l’Empire s’est retrouvé sans aucun ennemi majeur en vue.
Les relations entre l’Argentine et l’Iran ont évidemment été affectées par ce changement sur la scène mondiale.
Durant les années 80 et parce que cela était fonctionnel pour les Yankees, nous, les Argentins, avions été les fournisseurs privilégiés d’armes de l’Iran, pour faire face à la guerre d’usure qu’ils lui avaient imposée à travers leur fantoche Saddam Hussein, et nos relations avec l’Iran, traditionnellement très bonnes, étaient devenues encore plus étroites.
L’Iran a alors commencé à développer une stratégie d’insertion dans la région en utilisant l’Argentine comme plate-forme (stratégie qui plus tard, après avoir « perdu » l’Argentine à cause des fausses accusations « d’attentats », a dû redémarrer au Venezuela).
Cela, le criminel stipendié et infâme traître à la patrie, le procureur Alfredo Nisman, faisant fi du bon sens le plus élémentaire et de la saine critique, prétendait l’utiliser dans son ridicule dossier d’accusation (exagérément gonflé) comme précédent utile à l’Iran pour commettre les « attentats », alléguant que ceux-ci s’étaient produits parce que « l’Iran voulait répandre la révolution islamique en Argentine ».
C’est le contraire qui est vrai : dans la mesure où ils cherchaient justement à s’implanter, la dernière chose qu’ils auraient faite aurait été de bombarder sans discernement la capitale du pays où ils essayaient de développer cette stratégie d’insertion. Cela reviendrait aujourd’hui à bombarder Caracas deux fois en 28 mois.
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