Les vecteurs et moyens de l’influence extérieure grandissante du Rwanda de Paul Kagame

Une réflexion sur la politique rwandaise ne peut faire l’économie de se focaliser sur un homme symbolisant – en raison de son rôle historique et du présidentialisme fort du système politique rwandais – ce pays depuis le génocide contre les Tutsis de 1994 durant lequel plusieurs centaines de milliers de personnes ont péri. Paul Kagame ne s’est pas immédiatement imposé au lendemain du génocide, se contentant d’abord du poste de vice président et ministre de la Défense jusqu’en 2000, année où il est devenu président. Pour rebâtir son pays et mener une politique internationale particulièrement efficace, Paul Kagame s’est appuyé sur le retour d’une diaspora ayant fui les tueries de 1959, durant lesquelles des dizaines de milliers de Tutsis s’étaient notamment réfugiés dans les pays limitrophes suite à la révolution Hutu qui mit à bas la monarchie. Puis, durant les décennies 1970 et 1980, le Rwanda connut d’autres départs, des étudiants Tutsi notamment, qui ont immigré cette fois-ci vers l’Europe (Belgique), le Canada et d’autres pays de la région des Grands Lacs. À son arrivée aux affaires, Paul Kagame a alors fait le choix de puiser dans ce vivier de cadres bien formés pour rebâtir l’administration et l’économie du pays et composer son gouvernement. Ces personnalités, souvent appelées Kada – adaptation en kinyarwanda du terme « cadre » en français –, n’ont parfois jamais vécu au Rwanda avant leur arrivée au pays durant la deuxième partie de la décennie 1990 ou la première décennie du XXIe siècle, mais ont l’habitude de voyager, parlent souvent plusieurs langues, et ont quasiment tous effectué des études supérieures en Ouganda, au Canada, en France, en Belgique, aux États-Unis ou encore en Afrique du Sud post-apartheid. Cette administration accompagne Paul Kagame depuis près de trois décennies dans des réformes économiques permettant le redémarrage d’un pays détruit après les trois mois de génocide d’avril à juin 1994. Grâce à un réseau international étendu, Paul Kagame va bénéficier d’une aide internationale considérable3 lui permettant d’alimenter une transformation économique.
Paul Kagame va s’appuyer sur le Front patriotique rwandais4 (FPR) pour imposer son pouvoir, et l’aider à gérer l’espace politique national. Il va également gouverner à l’aide d’une coalition de plusieurs partis dont le plus important, le Parti social-démocrate (PSD), qui a été créé lors de l’ouverture au multipartisme en 1991. Les deux membres éminents de ce parti au gouvernement sont l’actuel ministre de l’intérieur Vincent Biruta et le ministre des Affaires étrangères Olivier Jean Patrick Nduhungirehe5. Les gouvernements successifs se sont attachés à tout faire pour redynamiser l’économie d’un pays enclavé, avec la densité de population la plus élevée du continent, soit 503 habitants par km². La stabilité du pays a reposé à la fois sur des résultats économiques positifs (entre 2001 et 2012 la croissance s’établit en moyenne à 8,2 %) mais également sur un pouvoir fort, voire autoritaire. Paul Kagame va se concentrer sur le rayonnement de son pays sur la scène continentale et internationale. L’objectif prioritaire, depuis trois décennies, est bien d’accroître les volumes d’IDE et, in fine, gagner en influence via différents axes (sport, compétence sécuritaire, hub logistique, tourisme, technologie et coopération militaire...). Le président peut s’appuyer, pour ce faire, sur des personnalités venant du monde économique et diplomatique. Mais cette politique étrangère a également profité de l’affaiblissement de leaders habituels du continent, ayant, dans les faits, revu à la baisse leurs ambitions continentales. L’Afrique du Sud est confrontée à l’érosion constante du soutien populaire à l’African National Congress (ANC). L’ANC a été contraint à la formation d’une coalition avec le parti Democratic Alliance (DA) en juin 2024 pour conserver le pouvoir après les élections générales du 29 mai 2024 où le parti de Nelson Mandela est descendu à 40,2 % des voix. L’influence, autrefois déterminante de l’Algérie, jusqu’aux problèmes de santé du président et ancien ministre des Affaires étrangères (1963-1979) Abdelaziz Bouteflika en 2013, est également plutôt en déclin sur le continent, laissant des espaces considérables pour son principal rival d’Afrique du Nord, le Maroc. Quant aux deux autres grands pays du continent, le Nigeria6 et l’Égypte, ils vivent tous deux le contrecoup de crises économiques structurelles, conduisant leurs dirigeants à davantage se tourner vers la gestion de problèmes internes que vers l’extérieur. Évidemment, certains sujets concernant « l’étranger proche » comme le barrage de Renaissance en Éthiopie demeurent un sujet extrêmement important pour Le Caire, tout comme l’a pu être la question de la gestion du coup d’État de juillet 2023 au Niger pour Abuja. Cependant, ce sont des enjeux extérieurs avec une forte résonance sur leur sécurité intérieure. Ainsi, le Rwanda est, avec le Maroc – dont le produit intérieur brut (PIB) est environ dix fois supérieur, atteignant 154 milliards de dollars en 2025 –, l’un des seuls pays africains à accroître ses moyens en matière de politique étrangère sur le continent, mais surtout, et c’est singulier au regard des autres puissances du continent pour le mentionner, bien au-delà. Cette Note ne reviendra pas sur la situation interne au Rwanda, y compris politique. L’objectif ici sera davantage d’éclairer un paradoxe. Alors que le Rwanda représente un marché restreint de 13 millions d’habitants, il a su s’imposer comme un acteur clé en Afrique et dans la plupart des politiques africaines des grands pays européens, ainsi qu’aux yeux des pays d’Afrique du Nord, du Golfe et plus modestement d’Asie. Paul Kagame est ainsi parvenu à façonner pour son pays une stature géopolitique inversement proportionnelle à ce à quoi le Rwanda pourrait logiquement prétendre au regard de son faible poids démographique, de la modestie de son PIB (14,77 milliards de dollars en 2025 – en croissance de 9,4 % sur douze mois), d’un territoire exigu présentant une forte densité de population, et de son enclavement. Par ailleurs, le Rwanda a dû se reconstruire après avoir connu l’un des pires massacres depuis la Seconde Guerre mondiale. Nous faisons explicitement le choix de ne pas traiter du conflit à l’est de la République démocratique du Congo (RDC) dans lequel le Rwanda est impliqué, afin de se concentrer sur l’influence de ce pays dans d’autres régions que son voisinage immédiat. Les problématiques des Grands Lacs sont déjà traitées dans d’autres travaux académiques, et expliquer les ressorts de l’influence du Rwanda plus globalement permet aussi d’expliquer comment il peut plus facilement mettre en place sa géopolitique – dans le sens de contrôle de territoire –, si souvent décriée, dans l’est de la RDC. Cette analyse se déploiera en trois temps. Le premier se focalisera sur l’organisation du Rwanda à l’international (ministères, ambassades, conseillers à la présidence, placement de personnalités dans les organisations internationales, parti politique). Le deuxième portera sur l’influence du président rwandais sur la scène africaine, particulièrement depuis sa présidence de l’Union africaine (UA) en 2018. Sera également analysé combien l’activisme de Paul Kagame a aussi payé en dehors du continent africain, particulièrement en Europe, dans le Golfe et dans les pays arabes en général. Enfin, nous nous arrêterons plus spécifiquement sur une étude de cas sur Mozambique LNG et Rovuma LNG dans la province nordiste de Cabo Delgado. L’implication de l’armée rwandaise au Mozambique depuis juillet 2021 a offert à Kigali un levier sur certaines des plus grandes économies mondiales et donc sur leurs présidents et chefs de gouvernement.
L’appareil diplomatique de Paul Kagame
Le rôle du Rwanda sur la scène internationale repose d’abord et avant tout sur les épaules de Paul Kagame. Grand voyageur – 34 déplacements à l’étranger dont 14 en Afrique en 2018 et 48 dont 27 en Afrique en 2019, sur la période pré-Covid-197 – il pilote dans une très large mesure la politique étrangère de son pays via son cabinet. Son ancienne directrice de cabinet, Urujeni Feza Bakuramutsa – et nouvelle représentante permanente à Genève depuis 2025 – est d’ailleurs l’ancienne secrétaire générale du ministère des Affaires étrangères (2018-2020). Il s’est, pendant une décennie, reposé sur elle pour faire le lien avec le ministère des Affaires étrangères contrôlé depuis mai 2024 par l’ancien ambassadeur aux Pays-Bas et en Belgique Olivier Nduhungirehe, en remplacement de Vincent Biruta (actuel ministre de l’Intérieur), en poste entre 2019 et 2024. Le pilotage de l’influence rwandaise, ainsi que les questions de sécurité et de renseignement, qui relèvent des relations extérieures, sont entre les mains d’une petite équipe particulièrement dévouée au chef de l’État rwandais, formant un premier cercle. Il s’agit de l’ancien chef adjoint du National Intelligence and Security Services (NISS), Jean Paul Nyirubutama – principalement responsable du renseignement extérieur aux côtés du secrétaire général –, devenu en janvier 2025 conseiller adjoint à la sécurité à la présidence, ainsi que du major général Aimable Havugiyaremye, chef depuis avril 2024 du NISS mais davantage en charge des dossiers internes. Depuis 2021, lors de sa nomination au NISS, Jean Paul Nyirubutama a voyagé sans cesse pour s’assurer que les intérêts de son pays n’étaient pas menacés et également pour suivre certains projets économiques particulièrement stratégiques pour le Rwanda. Son successeur au NISS, James Wizeye, a été numéro deux de l’ambassade de son pays au Royaume-Uni. Figure également au cœur du fonctionnement de l’influence du Rwanda, le chef du département en charge de la coopération internationale de l’armée et brigadier général Patrick Karuretwa. Ce dernier, également nommé en juin 2026 porte-parole de l’armée, est l’un des pionniers de la lutte contre le régime génocidaire de Juvénal Habyarimana au début des années 1990 alors qu’il n’avait que 16 ans. Après avoir étudié, à l’arrivée du FPR au pouvoir entre 1995 et 2000, à la National University of Rwanda puis à la prestigieuse Tufts University dans le Massachusetts, sa carrière militaire le mène au poste clé de secrétaire privé et conseiller défense et sécurité du président jusqu’en 2021. Patrick Karuretwa est notamment le point de contact de tous les attachés de défense positionnés à Kigali. En dehors de ces « sécurocrates » – auxquels on doit évidemment ajouter le chef d’État-major des armées Vincent Nyakarundi, ancien attaché militaire auprès de la représentation permanente du Rwanda à l’Organisation des Nations unies (ONU) et ex-chef du renseignement militaire –, Paul Kagame compte, à la présidence, sur quelques civils particulièrement précieux. L’Américain Mauro De Lorenzo, notamment, est directeur du Strategy and Policy Council, dont la fonction est d’évaluer les politiques publiques et de proposer des idées nouvelles au président. Mauro De Lorenzo est également l’un des auteurs des discours du président rwandais et l’une des boîtes à idées de la présidence. Outre son rôle dans la politique nationale et l’attractivité de grands projets, il joue également un rôle à l’international, en accompagnant souvent le président lors de ses déplacements. Il est celui qui appréhende le mieux le fonctionnement des administrations étasuniennes, connaissant dans le détail les chaînes de décision concernant le Rwanda à Washington. Autre civil ayant acquis du poids, le conseiller économique de la présidence, Francis Gatare. Il est un pilier de l’influence rwandaise, y compris à l’étranger. Il est notamment chargé de suivre les nombreux dossiers liés à l’implication du Rwanda au nord du Mozambique avec le directeur de cabinet adjoint, Regis Rwagasana Sankara. Francis Gatare a été par le passé le directeur général du Rwanda Development Board (RDB), organisme ayant pour objectif de promouvoir le Rwanda à l’étranger et de faciliter les investissements dans le pays. De 2009 à 2014, il a aussi été le secrétaire particulier de Paul Kagame. Enfin, dans le premier cercle du pouvoir ayant un rôle à l’étranger, il est nécessaire de mentionner le conseiller principal défense et sécurité à la présidence – jusqu’en novembre 2025 ministre d’État chargé de la coopération internationale – James Kabarebe. Ce dernier est l’un des plus vieux compagnons de route de Paul Kagame. Il a été son aide de camp en 1994 lors de la prise de pouvoir du FPR, puis est devenu le chef d’État major de la RDC après avoir accompagné Laurent-Désiré Kabila dans le renversement du régime de Mobutu Sese Seko. James Kabarebe devient chef d’État-major du Rwanda de 2002 à 2010 puis ministre de la Défense, et enfin conseiller spécial à la présidence en 2019.
Le Front patriotique rwandais (FPR)
Le rôle du FPR dans les relations diplomatiques du Rwanda n’est pas négligeable, étant donné qu’il gère les liens avec les partis politiques étrangers. Son secrétaire général depuis 2023, Wellars Gasamagera, a l’avantage d’avoir été lui-même ambassadeur en Angola à partir de 2019 et de bien connaître les dossiers diplomatiques. Le FPR n’a pas de relations particulièrement nourries avec les autres partis politiques africains. Cela s’explique notamment par le fait que ces formations politiques ne sont plus des espaces d’échanges d’idées, devenant uniquement des plateformes pour conserver le pouvoir. Il a en revanche des rencontres assez régulières avec les cadres du Parti communiste chinois8 (PCC) en vue d’accélérer la mise en place des partenariats entre les deux pays. Le parti est ainsi principalement utilisé pour nouer des relations avec les partis-États. Le FPR est indépendant financièrement grâce à son fonds d’investissement Crystal Ventures (ayant des participations dans de nombreuses firmes de sécurité, de mines et de construction). Le but premier de Crystal Ventures est de permettre au parti de financer son fonctionnement et l’organisation des élections par lui-même, n’étant ainsi dépendant d’aucun financement extérieur.
Le ministère des Affaires étrangères
La quasi-totalité des ministres des Affaires étrangères que le président rwandais a nommés depuis 2000 sont issus de la diaspora et ont étudié dans des universités prestigieuses en dehors du Rwanda. De surcroît, ils avaient déjà leurs réseaux avant leur prise de fonction. C’est le cas de Charles Murigande, ministre de 2002 à 2008, dont la famille avait fui dès le début des années 1960 au Burundi. Il a suivi ses études jusqu’au doctorat en Belgique avant de devenir professeur aux États-Unis tout en exerçant la fonction de porte-parole du FPR dans ce pays pendant la guerre civile à partir de 1990. À son retour à Kigali en 1994, il sera le conseiller en diplomatie du président avant d’occuper des postes ministériels, jusqu’à celui des Affaires étrangères. Il sera remplacé après un court intermède – exercé par l’ancienne secrétaire d’État aux mêmes fonctions? Rosemary Museminali– par Louise Mushikiwabo de 2009 à 2018. Louise Mushikiwabo a été essentielle dans l’émergence du Rwanda à l’international. Cette dernière, depuis 2019 secrétaire générale de la Francophonie, peut se prévaloir de nombreux atouts pour réussir ses missions. Partie du Rwanda en 1990 pour étudier à l’université du Delaware aux États-Unis, elle est trilingue. Avant de prendre son poste de ministre de l’Information pendant quelques mois – poste occupé avant celui des Affaires étrangères –, elle était directrice de communication de la Banque africaine de développement (BAD) à Tunis, à l’époque sous la direction de l’ancien ministre rwandais des Finances Donald Kaberuka. Lors de son départ pour l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo est brièvement remplacée, jusqu’en 2019, par le médecin et ex-secrétaire général de la Communauté d’Afrique de l’Est (2011-2016) Richard Sezibera. Ce dernier est un proche de Paul Kagame ayant aussi grandi en Ouganda. Il a été, à 35 ans, nommé ambassadeur à Washington avant de gérer de 2008 à 2011 le ministère de la Santé. Il est remplacé de 2019 à 2024 par Vincent Biruta, lui-même remplacé par Olivier Jean Patrick Nduhungirehe depuis 2024. L’administration du ministère des Affaires étrangères a été dirigée de 2020 à novembre 2025 par la secrétaire générale Clementine Mukeka, remplacée à ce poste par l’ex-ambassadeur à Ankara Fidelis Mironko. Le ministère a la tutelle sur un réseau de 50 ambassades, dont 20 sont situées en Afrique. Le Rwanda est l’un des rares pays africains à avoir agrandi son réseau diplomatique ces dernières années (plus d’une dizaine de nouvelles ambassades depuis 2019), à rebours des autres grands pays du continent ayant fortement réduit leurs moyens – cas notamment du Nigeria (aucun ambassadeur nommé dans le monde de 2023 à décembre 2025), de l’Égypte (fermeture de l’ambassade en Centrafrique et des consulats à Lagos, Zanzibar et Genève depuis 2016) et de l’Afrique du Sud (fermeture d’ambassades notamment en Bulgarie en 2025). Quant aux profils des ambassadeurs rwandais dans le monde, ils demeurent très différents selon les capitales où ils sont nommés. On trouve à la fois des profils économiques (France, Arabie saoudite), des profils politiques (dans l’Afrique des Grands Lacs) et des diplomates de carrière (États-Unis, Suisse, Autriche). Mais il n’y a aucune permanence ; le Qatar est par exemple passé en 2022 d’un profil d’économiste à un autre davantage diplomatique/politique. L’omniprésence des services de renseignement extérieurs dans les ambassades est notable. Le nouveau numéro 2 du NISS James Wizeye était par exemple jusqu’alors à la mission de son pays au Royaume-Uni. Le NISS est fortement utilisé pour assurer des missions parfois politiques mais également pour suivre des projets strictement économiques, notamment concernant les investissements étrangers venant au Rwanda. C’est évidemment le cas dans le Golfe.
Le Rwanda Development Board (RDB)
Outre le rôle clé de la présidence, des renseignements et du ministère des affaires étrangères, le Rwanda a également créé des agences ayant pour objectifs d’attirer les investissements et de maximiser leurs retombées en termes d’emplois. Le principal outil est sans conteste le RDB. Fondé en 2009, le RDB est aussi chargé d’accroître les exportations et de signer des partenariats en vue d’attirer les touristes et les investisseurs. Pour ce faire, il a notamment mis en place une stratégie dynamique de parrainage de clubs de football réputés : Arsenal (2019), le PSG (2019) et le Bayern de Munich (2023) ont tous eu leur maillot floqué du slogan « Visit Rwanda ». Le directeur général du RDB assiste au conseil des ministres et rend compte directement au président Paul Kagame. Depuis le 13 janvier 2025, c’est Jean-Guy Afrika qui occupe cette fonction, après avoir été en poste à la BAD depuis 2010, notamment en tant que directeur du bureau de l’intégration régionale à Abidjan.
Noyauter les organisations internationales
Tout cet écosystème d’institutions et de cadres de haut niveau illustre la volonté forte du Rwanda de déployer son influence. Au-delà des relations complexes avec ses trois voisins immédiats : Ouganda, Burundi et évidemment la RDC – sur lesquels nous ne reviendrons pas –, le Rwanda a travaillé depuis des décennies à se projeter au-delà de son environnement immédiat. Il a notamment rejoint le Commonwealth en 2009, deuxième pays africain en dehors des pays de tradition anglophone après le Mozambique à l’avoir fait. Il est aussi membre de l’OIF depuis 1970. Le pays a également fait du lobbying pour placer ses cadres dans des institutions panafricaines, en commençant, en 2005, par le président de la BAD, Donald Kaberuka. Le Rwanda a assuré la présidence de l’UA en 2018, à la suite de la désignation du président Paul Kagame par ses pairs comme responsable de la réforme de cette institution en 2016. Ce chapitre s’est prolongé jusqu’en 2024, année où il a transmis la charge du suivi de la réforme à son homologue kényan William Ruto. Le président Paul Kagame a désigné son ex-ministre des Finances et gouverneure adjointe de la Banque centrale Monique Nsanzabaganwa comme candidate victorieuse en 2021 à la vice-présidence de l’UA. Le passage de cette dernière comme numéro deux de l’institution panafricaine n’a pas été aussi satisfaisant qu’espéré par son pays d’origine, et son remplacement en février 2025 par l’Algérienne Selma Malika Haddadi a conduit à un certain soulagement côté rwandais. L’UA n’est plus considérée comme une organisation clé pour Kigali. L’objectif est désormais d’éviter une trop grande implication de l’organisation dans les dossiers touchant directement le Rwanda (Grands Lacs, Centrafrique et Mozambique notamment). Au-delà de cette évolution, la fibre réformiste portée par Paul Kagame en 2016 a fait place à une forme de fatalisme et de scepticisme quant à l’avenir de l’organisation panafricaine. Autre institution où Kigali a placé l’un des siens, depuis 2023, la Commission économique pour l’Afrique (CEA). Elle est dirigée par l’ancien représentant permanent à New York et ex-ministre des Finances et des Infrastructures, Claver Gatete.
L’extension de l’influence, vers où et pourquoi ?
Toute cette organisation à Kigali ou à l’étranger a façonné une diplomatie unique en Afrique. Le Rwanda a veillé à ne pas être dépendant des grandes puissances en se rendant utile, et parfois même indispensable, sur certains sujets liés à la sécurité, à la défense ou encore aux questions migratoires. Un des axes de cette politique a été de proposer des solutions pour les réfugiés. Le Rwanda, pays particulièrement sensible aux questions de réfugiés en raison de son histoire, a accueilli des personnes venant d’Afghanistan, puis quelque 3 000 réfugiés évacués de la Libye à partir de 2019. Les Britanniques, constatant l’expérience du Rwanda, ont alors contacté les autorités à Kigali pour mettre en place un projet similaire à partir de 2021. Le ministère rwandais des Affaires étrangères a alors créé un département spécial en vue de gérer le flux de réfugiés venant du Royaume Uni et de gérer la situation de ces personnes sous la responsabilité de la juriste et docteure en droit, Doris Uwicyeza Picard. Cette dernière travaillait auparavant au ministère de l’Intérieur. Cependant, l’arrivée au pouvoir du gouvernement travailliste au Royaume-Uni le 5 juillet 2024, dirigé par Keir Starmer, a mis fin à un programme qui divisait profondément la classe politique britannique. Le Rwanda a par ailleurs déposé des demandes de dédommagements en raison de l’arrêt unilatéral de l’accord par la partie britannique. Le 1er juin 2026, la Cour permanente d’arbitrage de Londres a cependant rejeté les arguments du Rwanda pour justifier une demande de compensation de 116 millions d’euros. Cette proposition d’accueillir des réfugiés a également été offerte en mai 2025 à l’administration américaine. En 2021, le Danemark et le Rwanda avaient signé un protocole d’entente sur cette question, mais il n’a pas été suivi d’action concrète. En plus de cet axe de politique d’accueil, témoignant d’une forme de générosité tout en rendant service à des partenaires occidentaux, la diplomatie rwandaise a mené un travail afin d’ouvrir sa diplomatie à de nouvelles zones, traditionnellement ignorées par Kigali.
Attirer les fonds arabes Benjamin
Depuis plus d’une décennie, Paul Kagame a tissé des liens avec les pays du Golfe. La priorité a d’abord été accordée aux Émirats arabes unis, où le Rwanda a pris la décision d’ouvrir une ambassade en 2015 et où, depuis 2011, le président rwandais a assisté à de multiples reprises, à l’invitation du président et ancien prince héritier Mohamed ben Zayed al-Nahyan, au Grand Prix de Formule 1 d’Abou Dabi. En matière d’investissements, DP World a annoncé en 2016 un investissement de 35 millions de dollars pour la création d’un port sec à proximité de Kigali, avec une capacité de stockage de dizaines de milliers de conteneurs par an. Encore plus récemment, un autre pays du Golfe a été particulièrement courtisé : le Qatar de l’émir Tamim ben Hamad al-Thani. Après les ouvertures respectives d’ambassades à Doha (2019) puis à Kigali (2021), le Rwanda a proposé des projets structurants dans lesquels le Qatar pourrait investir. Ainsi, Qatar Airways a acquis en 2024 49 % du capital de RwandAir, ainsi qu’une participation majoritaire dans le futur aéroport de Bugesera situé à 50 kilomètres de Kigali. Plus de 1,3 milliard de dollars sera alloué à cette nouvelle infrastructure dont l’objectif est de faire du Rwanda un hub pour l’Afrique de l’Est. Paul Kagame a toujours veillé à positionner le Rwanda à équidistance de puissances en rivalité, tout en essayant d’obtenir des investissements de part et d’autre. Depuis mars 2014 et le rappel des ambassadeurs émirien, saoudien et bahreïni basés au Qatar, les relations entre Doha et ses voisins demeurent particulièrement difficiles. Cette situation s’est encore aggravée avec le blocus contre le Qatar, de juin 2017 à janvier 2021, initié par les Émirats arabes unis et soutenu par l’Arabie saoudite, Bahreïn et l’Égypte. Le Rwanda est, en Afrique, le seul pays à avoir réussi à attirer ce niveau d’investissement du Qatar. La raison de ce succès s’explique aisément par la fréquence des visites de Paul Kagame à Doha et par la relation toute particulière qui lie l’émir Tamim ben Hamad al-Thani au dirigeant rwandais. Après les frappes israéliennes sur le quartier de West Bay à Doha le 9 septembre 2025, Paul Kagame a été le seul dirigeant africain à se rendre au Qatar pour témoigner de son soutien à l’Émirat gazier. Ce dernier lui a retourné la politesse en se rendant quelques semaines plus tard, le 20 novembre à Kigali, et dans la ferme de Paul Kagame. Si les Émirats arabes unis et le Qatar sont probablement les pays arabes en provenance desquels les investissements sont les plus nombreux au Rwanda, attirer les investissements de l’Arabie saoudite est également un objectif pour Kigali. En 2022, une ambassade a été ouverte à Riyad et 10 millions de dollars ont été promis pour l’extension du réseau d’eau à Kigali lors du sommet Arabie-Afrique de novembre 2023. Cette promesse faisait suite à un premier projet de 20 millions de dollars consenti en 2021 par le Saudi Fund for Development. Le partenariat avec l’Arabie reste encore timide, mais le Rwanda compte entretenir la relation à un moment où la première économie du Golfe doit privilégier ses investissements à l’intérieur de ses frontières pour tenter d’atteindre les objectifs de développement et de diversification annoncés dans la vision 2030 du prince héritier Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz al-Saoud (MbS). Outre la péninsule arabique, la politique du Rwanda auprès des pays arabes s’est également illustrée par l’ouverture d’une ambassade en Jordanie en décembre 2023. Pour occuper le poste de première cheffe de mission, Paul Kagame a d’abord nommé Urujeni Bakuramutsa – alors directrice de cabinet à la présidence – avant de confier le poste à James Nganga, jusque là ambassadeur à la représentation permanente à Genève. La coopération militaire a été l’une des raisons pour lesquelles le Rwanda voulait se rapprocher de la Jordanie. Cette relation est également à mettre en regard avec sa politique vis-à-vis de la Palestine. En effet, depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, la relation du Rwanda avec Israël mérite une attention particulière. Dès octobre 2023, Kigali a acheminé 16 tonnes de vivres vers Gaza – sous les bombardements quelques jours après l’attaque du Hamas – via la Jordanie. Si Israël entretient avec le Rwanda une excellente coopération sécuritaire depuis la période post-génocide de 1994, Kigali souhaite également mener une politique arabe équilibrée. Ce positionnement lui permet de montrer son indépendance dans ses relations internationales, lui donnant une certaine crédibilité vis-à-vis de ses partenaires arabes et notamment du Golfe. Le Rwanda a également ouvert une ambassade à Alger en octobre 2025 – l’Algérie ne reconnaît pas Israël – et nommé comme premier ambassadeur Vincent Karega. Cet ex-ambassadeur en RDC a été auparavant proposé à Bruxelles sans que jamais la Belgique ne réponde à cette nomination, ce qui a contribué à la rupture en mars 2025 des relations diplomatiques entre la Belgique et le Rwanda. L’ambassade au Maroc – principal rival régional de l’Algérie – avait été ouverte dès 2019 avec comme objectif d’attirer les capitaux marocains ainsi que de favoriser les échanges universitaires et militaires. Depuis 2024, l’ambassadrice rwandaise à Rabat est l’ancienne directrice Afrique du ministère des Affaires étrangères, Shakilla Umotoni. Comme pour le cas du Qatar et des Émirats arabes unis, le Rwanda n’interfère pas dans la relation entre le Maroc et l’Algérie – les deux pays n’ont depuis 2021 plus aucune relation diplomatique officielle.
De nouveaux horizons Benjamin
L’extension du réseau diplomatique rwandais a également concerné l’Amérique latine, avec l’ouverture d’une ambassade à Brasilia en 2023 – le Brésil a aussi fait le choix d’implanter une ambassade à Kigali en 2025 avec l’arrivée d’Irene Vida Gala, ancienne ambassadrice au Ghana. Auparavant, le géant latino-américain gérait sa relation avec le Rwanda depuis Nairobi. Jusqu’en 2023, aucune représentation diplomatique rwandaise n’était présente en Amérique latine. Cependant, l’espoir d’attirer des capitaux de la région pousse Kigali à ouvrir son ambassade à Brasília et à nommer comme ambassadeur l’ancien numéro deux à Washington et ex-conseiller à la représentation permanente à New York, Lawrence Manzi. Outre l’Afrique, l’Amérique latine et le Moyen-Orient, l’Europe est également l’une des zones de diversification des partenaires traditionnels du Rwanda. Historiquement présent en Belgique, en France et en Allemagne, le Rwanda a récemment ouvert des ambassades en Pologne (2021) et en République tchèque (2023). D’autre part, du fait de l’intérêt géopolitique de plus en plus important du Rwanda en Afrique de l’Est et au-delà, certains pays européens ont ouvert des représentations à Kigali sans que le Rwanda ait forcément une mission dans leur capitale. C’est le cas du Danemark, qui a envoyé son premier ambassadeur, Casper Stenger Jensen (ex-directeur adjoint du département Afrique à Copenhague), à Kigali fin 2025, de l’Ukraine, ayant également un ambassadeur depuis 2024, ou encore de la Hongrie depuis 2023 – représentée jusqu’à maintenant par une chargée d’affaires. L’Asie n’a pas été oubliée dans l’extension du réseau diplomatique avec l’Indonésie qui accueille depuis juillet 2024 une ambassade rwandaise. En définitive, les inaugurations se sont multipliées ces dernières années avec des ouvertures au Mozambique, en Arabie saoudite et au Qatar (2019), en Pologne (2021), en Guinée-Conakry, au Zimbabwe, au Brésil, en Jordanie, en République tchèque (toutes en 2023). L’extension du réseau diplomatique rwandais permet la diversification des partenaires, l’attraction de nouveaux investisseurs et, enfin, contribue à faire de Kigali un hub pour les pays n’ayant pas forcément de relations préexistantes avec tous les pays d’Afrique de l’Est. De plus, la dimension sécuritaire n’est jamais éloignée. La Jordanie a par exemple ouvert une mission de défense à Kigali avant d’ouvrir une chancellerie politique. Les partenariats avec le Pakistan et l’Algérie ont également une vocation sécuritaire – formation militaire, échanges de pratiques – et très secondairement économique.
Le cas géopolitique de Cabo Delgado
Un projet spécifique permet de comprendre la capacité de l’État rwandais à se projeter sur le long terme et à se rendre indispensable : la zone gazière d’Afungi au Mozambique. Cette dernière est située dans la province de Cabo Delgado (frontalière de la Tanzanie) et abritera d’ici à la fin de cette décennie deux gigantesques usines de transformation de gaz liquéfié à terre. La particularité d’Afungi est que les actionnaires des deux co-entreprises en charge de ces développements, à savoir Mozambique LNG et Rovuma LNG, sont des sociétés dont les sièges sociaux sont installés sur le territoire des grandes puissances. Mozambique LNG est opéré par les Français de TotalEnergies (26,5 %) avec les Indiens de Bharat, Oil of India et Oil of Natural Gas Corporation (ONGC) (10 % chacun), les Thaïlandais de PTT Exploration and Production (8,5 %), les Japonais de Mitsui (20 %) et la société d’État mozambicaine Empresa Nacional de Hidrocarbonetos (ENH) (15 %). Quant à Rovuma LNG, il sera opéré par des États-uniens d’ExxonMobil (25 %), aux côtés des Italiens d’Ente Nazionale Idrocarburi (ENI) (25 %), des Chinois de China National Petroleum Corporation (CNPC) (20 %), des Coréens de Kogas (10 %), des Émiriens d’Adnoc (10 %) et d’ENH (10 %). Depuis 2017, des groupes salafistes-djihadistes multiplient les violences dans la province de Cabo Delgado. Les troubles ont été tels que Mozambique LNG, lancé en 2019, a dû s’arrêter en avril 2021 et a été mis en pause jusqu’en novembre 2025. La décision finale d’investissement pour Rovuma LNG est prévue cette année. Du point de vue des pétroliers engagés sur Mozambique LNG et Rovuma LNG, les deux projets (13,1 millions de tonnes pour l’une et 18 millions de tonnes pour l’autre) ne pourront être développés que grâce à la présence sur zone de plusieurs milliers de soldats et policiers.
Or, depuis juillet 2021, seuls les Rwandais sont restés sur place. Les dirigeants de TotalEnergies et ExxonMobil ont bien fait comprendre au gouvernement mozambicain qu’il était hors de question de débourser les sommes nécessaires à la construction (20 milliards pour Mozambique LNG, 24 milliards de dollars pour Rovuma LNG) si les forces rwandaises venaient à quitter la zone – les soldats de la Southern African Development Community (SADC) déployés également en juillet 2021 dans le cadre de la Mission de la SADC au Mozambique (SAMIM) étant partis dès juillet 2024. L’armée mozambicaine semble être encore trop faible pour reprendre en main cette zone côtière proche de la péninsule d’Afungi. Outre Mozambique LNG et Rovuma LNG, d’autres développements pourront être approvisionnés grâce aux considérables réserves contenues dans les blocs 1 et 4, découverts depuis 2010 dans l’offshore de Cabo Delgado. On estime que pas moins de 60 millions de tonnes par an pourront être produites au Mozambique, ce qui correspond aux trois quarts du débit actuel du Qatar (premier producteur de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde). La force du Rwanda est d’avoir réussi à se rendre indispensable aux grandes majors internationales. Par ce déploiement, les dirigeants du Rwanda savent que tous les pays ayant des firmes pétrolières avec des participations dans les blocs et dans les usines de GNL au Mozambique leur seront redevables sur le très long terme.
Lors de sa visite à Kigali en août 2025, le président mozambicain Daniel Chapo s’est entendu avec son homologue Paul Kagame pour que les forces rwandaises restent à Cabo Delgado, au moins le temps de la construction des deux usines de liquéfaction, soit jusqu’en 2030. Ainsi, pendant près de dix ans, des forces étrangères auront permis à ce qu’un des plus importants projets industriels de l’histoire du Mozambique puisse se développer. Les coûts de ce déploiement sont significatifs pour les finances publiques rwandaises. Les 40 millions d’euros versés par l’Union européenne (UE) via la Facilité européenne pour la paix (FEP) – dont le dernier versement a été effectué en novembre 2024, l’UE ayant annoncé en mars 2026 la non-reconduction de ce financement) – ainsi que le paiement mensuel de l’État mozambicain de quelques millions au Rwanda restaient insuffisants pour couvrir les frais de la mission. Mais ils seront en partie compensés par les multiples contrats de sécurité, de construction, de logistique et de minerais que le Rwanda a obtenus et obtiendra dans les prochaines années grâce à sa présence sur le terrain. Des participations rwandaises dans les blocs gaziers seraient également un objectif, toutefois difficilement atteignable pour l’instant.
À la suite de la mise sous sanctions des Forces de défense rwandaises (RDF) par le département du Trésor états-unien en mars 2026, les Rwandais ont menacé de partir du Mozambique afin de créer un électrochoc auprès des pays dont les firmes pétrolières sont impliquées à Cabo Delgado. Les dirigeants mozambicains, président Daniel Chapo en tête, craignent toutefois que les troupes rwandaises ne s’installent dans la durée. Un travail ayant pour but une diversification des partenariats sécuritaires et l’arrivée d’autres armées étrangères a été engagé par les renseignements mozambicains dirigés par l’ancien ministre des Affaires étrangères José Pacheco depuis 2025. Le plus grand gain diplomatique pour Paul Kagame au Mozambique demeurera celui de la respectabilité internationale grâce à ce déploiement. Le Rwanda prouve sa capacité à contribuer à la stabilisation de crises sécuritaires, au-delà de son voisinage immédiat. En effet, cette intervention est d’autant plus notable que le Rwanda n’appartient pas à la SADC, à laquelle est intégré le Mozambique, mais à l’East African Community (EAC). Ce n’est pas la première fois que le Rwanda s’engage dans des opérations de stabilisation hors de son espace régional. Il est notamment déployé depuis une décennie au sein de la mission onusienne de maintien de la paix en Centrafrique. Toutefois, le cas mozambicain se distingue par sa dimension géo-économique unique, liées à ses ressources gazières, conférant au pays un levier géopolitique absolument unique. Par Benjamin AUGÉ