LIBÉRATION DES SUPPORTERS SÉNÉGALAIS AU MAROC, ACCORD AVEC LE FMI, FINANCEMENTS DE LA BANQUE MONDIALE ET DE LA BAD : Des signaux positifs de l’après-Sonko »

LIBÉRATION DES SUPPORTERS SÉNÉGALAIS AU MAROC, ACCORD AVEC LE FMI, FINANCEMENTS DE LA BANQUE MONDIALE ET DE LA BAD : Des signaux positifs de l’après-Sonko »

Après une période marquée par de fortes tensions politiques et économiques, le Sénégal semble amorcer une nouvelle séquence. En quelques mois, plusieurs signaux positifs se sont accumulés : grâce royale accordée aux supporters sénégalais détenus au Maroc, accord de principe avec le FMI, nouveaux financements de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. Des annonces qui pourraient contribuer à restaurer la confiance et à ouvrir une nouvelle page pour l’économie sénégalaise.

Du Maroc au FMI : une succession de signaux positifs

Le Sénégal multiplie les bonnes nouvelles sur les fronts diplomatique, financier et économique. Après les tensions nées des événements ayant suivi la finale de la CAN 2025 à Rabat, le roi Mohammed VI a accordé sa grâce à quinze supporters sénégalais détenus au Maroc.

La décision, annoncée à l’occasion de l’Aïd al-Adha, a été présentée comme un geste humanitaire et diplomatique fondé notamment sur les « relations fraternelles séculaires » entre le Maroc et le Sénégal. Elle intervient dans un contexte où les relations entre Dakar et Rabat avaient été affectées par les incidents survenus après la finale de la Coupe d’Afrique des nations disputée le 18 janvier à Rabat.

Au-delà du cas des supporters, cette grâce royale constitue un signal d’apaisement entre deux pays liés par des relations historiques, humaines, économiques et diplomatiques particulièrement étroites.

Mais c’est surtout sur le terrain économique que les signaux sont les plus significatifs.

Le FMI ouvre la voie à un nouveau programme

Le Fonds monétaire international et les autorités sénégalaises sont parvenus à un accord au niveau des services sur les principales politiques économiques susceptibles de soutenir un nouvel accord au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC).

Le futur programme, prévu sur 36 mois, pourrait mobiliser environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 537,1 millions de DTS, représentant 475 % de la quote-part du Sénégal.

L’accord reste toutefois soumis à l’approbation de la Direction et du Conseil d’administration du FMI. Sa mise en œuvre nécessite également des mesures correctrices ainsi que la réception des assurances de financement nécessaires de la part des partenaires du Sénégal.

Ce nouveau programme devrait notamment contribuer à rétablir la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, à réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures, tout en renforçant les dépenses sociales et en favorisant une croissance davantage portée par le secteur privé.

Le FMI souligne par ailleurs la résilience de l’économie sénégalaise, avec une croissance de 6,7 % en 2025, portée notamment par la première année complète de production pétrolière. Le PIB hors hydrocarbures a toutefois progressé plus modestement, à 2,2 %. Au premier trimestre 2026, cette croissance hors hydrocarbures a rebondi à 4,7 % sur un an.

La Banque mondiale mobilise près de 221 milliards de FCFA

Autre annonce majeure : le Gouvernement du Sénégal et la Banque mondiale ont signé trois accords de financement pour un montant cumulé de 220,71 milliards de FCFA, destinés à renforcer la résilience, les infrastructures et le développement économique des territoires.

Ces financements concernent trois programmes.

Le premier, le Projet de réponse d'urgence contingente (CERP), bénéficie de 118,32 milliards de FCFA, soit 208 millions de dollars. Ce mécanisme doit permettre au Sénégal de mobiliser rapidement des ressources en cas de catastrophe naturelle, d’urgence sanitaire ou de choc économique éligible.

Il pourra notamment servir à soutenir les ménages vulnérables, assurer la continuité des services essentiels et limiter les conséquences des perturbations sur les secteurs productifs, notamment grâce à l’acquisition d’intrants agricoles et d’engrais.

Le deuxième financement, d’un montant de 79,64 milliards de FCFA, concerne le Projet de connectivité des zones de production agricoles dans le Nord et le Centre du Sénégal (PCZA).

Avec ce financement additionnel, l’investissement total du projet atteint 267,81 milliards de FCFA, pour environ 570 000 bénéficiaires directs.

L’objectif est de construire de nouvelles routes et infrastructures communautaires le long de corridors stratégiques afin de réduire les coûts de transport, faciliter l’accès des producteurs aux marchés et rapprocher les populations rurales des écoles et des structures de santé.

Le troisième accord porte sur 22,75 milliards de FCFA au titre du financement additionnel du Projet de développement économique de la Casamance et de l’Est du Sénégal (PDEC).

L’investissement total du projet atteint ainsi 48,35 milliards de FCFA, pour environ 850 000 bénéficiaires.

L’extension du projet à Kédougou constitue l’une de ses principales nouveautés. La région dispose d’importants atouts agricoles, miniers et touristiques qui pourraient contribuer à la diversification de l’économie locale et à la création d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes.

Au total, le portefeuille des engagements en cours et à venir de la Banque mondiale en appui au Sénégal est estimé à environ 340 milliards de FCFA.

La BAD apporte également 20 milliards de FCFA

La Banque africaine de développement n’est pas en reste.

Le 17 juillet 2026, son Conseil d’administration a approuvé un financement de plus de 26 millions d’unités de compte, soit environ 20 milliards de FCFA, destiné à accompagner les réformes économiques et financières du Sénégal.

Cette enveloppe doit notamment soutenir la deuxième phase du Projet d’appui institutionnel à la mobilisation des ressources et à l’attractivité des investissements (PAIMRAI).

La BAD entend ainsi accompagner Dakar dans la modernisation de l’administration fiscale, l’amélioration de la gestion de la dette publique et l’efficacité des dépenses publiques.

Le programme doit également contribuer à améliorer l’environnement des affaires, soutenir l’entrepreneuriat et renforcer l’attractivité du Sénégal auprès des investisseurs.

Une attention particulière est annoncée en faveur des PME, des jeunes et des femmes entrepreneurs.

Restaurer la confiance et financer la transformation

Derrière ces annonces financières se trouve un enjeu essentiel : la restauration de la confiance.

Le Sénégal doit en effet faire face à un double défi : assainir ses finances publiques tout en maintenant les investissements nécessaires à la transformation économique du pays.

Les financements annoncés par les partenaires internationaux ne constituent donc pas seulement des ressources financières supplémentaires. Ils sont aussi un accompagnement des réformes engagées pour améliorer la gouvernance budgétaire, renforcer la mobilisation des recettes intérieures, maîtriser la dette et créer un environnement plus favorable à l’investissement privé.

La Banque mondiale comme la BAD mettent d’ailleurs l’accent sur la transparence, l’efficacité des dépenses publiques, la mobilisation des ressources nationales et la création d’emplois.

Une nouvelle séquence économique ?

Ces différentes annonces interviennent dans un contexte politique nouveau au Sénégal. Elles pourraient être interprétées comme les premiers éléments d’une nouvelle séquence, après une période particulièrement agitée sur le plan politique et économique.

La grâce accordée aux supporters sénégalais au Maroc apporte une bouffée d’oxygène sur le plan diplomatique. L’accord au niveau des services avec le FMI ouvre la perspective d’un nouveau programme financier. Les engagements de la Banque mondiale et de la BAD renforcent, quant à eux, les capacités de financement des projets structurants et des réformes.

Reste désormais au gouvernement à transformer ces annonces en résultats concrets : davantage d’emplois, de meilleures infrastructures, une gestion publique plus transparente, une dette mieux maîtrisée et un environnement économique plus favorable aux entreprises.

Après les années de turbulences politiques, le Sénégal semble ainsi vouloir tourner une page et ouvrir celle de la consolidation économique. Les financements internationaux sont là. Le véritable défi sera désormais de les convertir en croissance durable, en emplois et en amélioration tangible des conditions de vie des Sénégalais. Soda SALL