Mamadou Moustapha BA Ministre des Finances et du Budget : «Il vaut mieux débattre plutôt que de se battre».

Les représentants du Peuple souverain se sont, une nouvelle fois, montrés à la hauteur de leur mission. Au nom du Gouvernement, je les en remercie bien sincèrement.
Le débat a été vif, parfois virulent. Il a été, toujours, sincère et constructif.
Et à la fin, c’est le Sénégal qui gagne.
J’en profite pour affirmer ici que le débat parlementaire sur le budget de l’État n’est pas un débat stérile. Au cours des 32 jours qu’aura duré ce marathon budgétaire, nous vous avons soigneusement écoutés, Mesdames, Messieurs les Honorables Députés, et nous vous avons entendus. Vos plaidoyers nous ont touché ; vos contributions nous ont éclairé ; vos critiques nous ont alerté.
C’est pourquoi, je prends ici l’engagement, après m’en être ouvert au Président de la République et au Premier Ministre, qui ont donné leur bénédiction, que de nombreuses préoccupations soulevées, et qui n’étaient pas prévues dans ce projet de budget, seront prises en charge au cours de la gestion 2024.
Mes équipes en ont fait l’inventaire exhaustif et assureront le suivi de leur prise en charge, en relation avec les différents départements ministériels concernés.
C’est vrai, pour des raisons techniques facilement compréhensibles, le projet de loi de finances déposé par le Gouvernement ne peut pas, à ce stade, faire l’objet de changements. Mais nous avons prévu dans ce projet de loi une réserve de gestion qui permettra de prendre en charge des dépenses nouvelles de fonctionnement et d’investissement jusqu’à hauteur de 50,43milliards FCFA.
C’est cette réserve de gestion qui nous permettra, dès le début de la prochaine gestion, de gérer beaucoup de demandes sur lesquelles vous avez fortement insisté au cours de nos débats.
En effet, nous avons entendu les forts plaidoyers et parfois des cris de coeur pour :
Une telle performance est en lien, cela ne vous aura pas échappé, avec l’entrée en production attendue des projets SANGOMAR (pétrole) et GTA (gaz), dont le niveau de réalisation de chacun dépasse 90%. En dehors des revenus directs tirés des hydrocarbures et grâce notamment à la politique de contenu local, il va se développer tout un écosystème favorable à une meilleure collecte des impôts, autour des activités de transport, d’hôtellerie, de sous-traitance industrielle, etc.
Mais attention ! Pour le Gouvernement, le pétrole et le gaz représentent une opportunité, mais pas la solution à tous les problèmes du Sénégal.
Nous sommes attentifs à la situation des pays qui ont tout misé sur la rente d’hydrocarbures et qui se retrouvent, plus tard, victimes de la « malédiction du pétrole ».
Notre politique économique s’appuie sur plusieurs moteurs de croissance. J’en veux pour preuve : en 2024, le taux de croissance hors hydrocarbures est estimé à 6%.
Plus de recettes, pour plus de dépenses, car nos ambitions pour le Sénégal restent intactes.
On pourrait penser que dans le contexte d’une année électorale, un Chef de l’État non candidat à sa propre succession, n’afficherait pas un tel volontarisme budgétaire.
Mais ce serait mal connaître le Président Macky SALL : jusqu’au bout, jusqu’à la dernière minute, lui et son Gouvernement feront avancer ce pays. Car nous sommes dans une république ; ce ne sont pas les destins individuels qui comptent. La seule chose qui compte, et qui nous réunit ici, c’est le bien-être des Sénégalais, cet objectif ultime auquel le PSE est tout entier dédié.
Toutefois, et j’ai déjà eu à l’expliquer ici, plus de dépenses ne signifie pas plus de charges de gestion. Vous savez que depuis 2012, nous nous efforçons de rationaliser nos dépenses de fonctionnement, c’est-à-dire de faire en sorte que les services publics fonctionnent de manière optimale, mais en consommant le minimum de ressources possible.
Il faut que le même véhicule roule le même nombre de kilomètres mais en brûlant moins de carburant : c’est la réduction des dépenses.
Mais si l’on veut que le même véhicule roule une distance supérieure, en un temps plus réduit et en consommant moins de carburant, là on est dans la rationalisation.
Exercice difficile s’il en est, mais exercice qui porte ses fruits puisque les dépenses de fonctionnement de l’État (y compris les transferts courants, c’est-à-dire les dépenses de fonctionnement des collectivités territoriales et celles du secteur parapublic) sont passées de 12% du PIB en 2012, à 8,78% en 2024.
En matière d’investissement par contre, c’est le mouvement inverse. Je ne vous apprends rien : l’histoire de la présidence de Macky SALL sur le plan budgétaire est celle d’un effort soutenu et inlassable pour augmenter les investissements publics.
Et 2024 ne fait pas exception, avec une hausse de 15,6% par rapport à 2023.
Une particularité mérite d’être soulignée : les dépenses d’investissement financées sur ressources internes vont croître de 23,3%, là où celles financées sur ressources externes augmentent de 5%.
Ce que cela révèle est très simple : le Sénégal s’inscrit de plus en plus sur la voie de la souveraineté budgétaire. Nous dépendons de moins en moins de l’aide publique au développement et nous comptons de plus en plus sur nos seules forces.
C’est, ni plus ni moins, l’un des enjeux de la SRMT dont je vous parlais tout à l’heure.
Il est cependant bon de préciser que ce dynamisme budgétaire n’empêche pas le Gouvernement d’être très vigilant par rapport à la viabilité des finances publiques.
C’est ainsi qu’en 2024, le déficit budgétaire sera de 3,9%, en baisse par rapport à 2023 où il se situait à 5,5%.
Et dès 2025, nous serons à 3%, en respect des critères de convergence de l’UEMOA. Il faut dire d’ailleurs que c’est une cible de déficit que nous aurions atteinte depuis 2020, n’eut été la pandémie Covid-19.
Bien entendu, les comptes spéciaux du Trésor, dont le FNR, ne sont en rien concernés par ce déficit car ils sont votés en équilibre de recettes et de dépenses.
Le besoin de financement pour 2024 atteint 2 138,4 milliards de francs CFA, en baisse de 8,8% par rapport à 2023. Il est composé :
- renforcer l’appui aux Daaras pour lequel le Président de la République a alloué 6 milliards FCFA par an à compter de l’année 2023;
- accélérer la résorption des abris provisoires ;
- revoir à la hausse le montant d’un milliard (1000 000 000) FCFA, positionné en 2024, pour la reprise des travaux de construction et d’extension du lycée technique de Sandiara ;
- augmenter le budget de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane ;
- implanter un service d’AEMO (Action éducative en Milieu ouvert) à Linguère ;
- construire un nouvel hôpital de niveau 3 dans le département de Mbour ;
- soutenir le projet de relance de l’industrie pharmaceutique à travers le fonctionnement de la Delivery Unit
- revoir à la hausse les fonds d’aide et de secours en faveur de nos concitoyens émigrés
- réduire la fracture numérique en permettant aux zones les plus reculées d’accéder au réseau
- d’étendre davantage la carta sanitaire et de renforcer les dotations en ambulances et en personnel de santé qualifié ;
- poursuivre le renforcement des infrastructures de stockage des produits agricoles et étendre le programme de modernisation des marchés
- finaliser le règlement d’établissement de l’ISRA et prendre en charge de l’incidence budgétaire de son application
- renforcer la dotation de l’Agence nationale de l’Aquaculture
- électrifier la commune de Vélingara Ferlo
- démarrer les travaux d’élargissement de la Route des Niayes et du viaduc de Cambérène
- prendre en charge la construction du quai de pêche Kaffountine
- améliorer de manière substantielle les conditions de travail des agents de l’ANACIM
- construire de nouveaux commissariats et postes de police, mais aussi des casernes de sapeurs-pompiers
- augmenter les budgets des Maisons de Justice.
- le redémarrage des travux des ENO de Tivaouane, Linguère, Sédhiou
- d’aasurer une meilleure prise en charge des externalités négatives consécutives à l’exploitation et veiller à pluq de retombée dans zones abritant les mines, notamment dans les zones de Diogo, Mboro, Darou Khoudos, Taiba Ndiaye
- renforcer les services d’intervention des eaux et forêt ;
- accélérer le programmes de désenclavement et l’accès à l’énergie sur l’ensemble du territoire.
- ceux qui disent que la croissance « ne sert à rien », qu’elle ne remplit pas le panier de la ménagère ;
- ceux qui nous reprochent de trop mettre l’accent sur les chiffres.
C’est pour leur montrer pourquoi l’axe stratégique numéro un du PSE, le Plan Sénégal Émergent, s’appelle « transformation structurelle de l’économie et croissance ».
Mais attention : les critiques ne me dérangent pas, bien au contraire ! Je les prends de manière positive et je respecte leurs auteurs. Sans l’expression d’opinions contraires, nous passerions à côté de la pédagogie nécessaire pour faire comprendre aux Sénégalais où nous voulons mener ce pays. Pour résumer, le budget de l’État, ce n’est pas juste un empilement de chiffres. Le budget de l’État, c’est notre présent, mais c’est aussi notre avenir. Mais avant de se pencher vers l’avenir, il est parfois important de se retourner vers le passé. C’est l’occasion pour moi, Honorables Députés, de revenir sur les sommes importantes que vous avez mises à la disposition du Gouvernement, depuis 2012, à travers les 25 lois de finances (LFI et LFR) que vous avez bien voulu adopter, avant ce PLF 2024, compte non tenu de l’ordonnance n°07-2020 du 17 juin 2020 modifiant la loi n°2019-17 du 20 décembre 2019 portant loi de finances pour l’année 2020, prise pour faire face à la pandémie de la COVID-19. De 2012 à 2022, le montant cumulé des lois de finances (LFI et LFR) adoptées par l’Assemblée Nationale du Sénégal atteint le chiffre de 39 882,93 milliards de FCFA. Vous êtes en droit de vous demander : qu’est-ce que le Gouvernement a fait de cet argent ? La réponse est simple : en douze ans, cet argent a globalement servi à :- payer les salaires et les primes des agents de l’Administration (au sens large, y compris le secteur parapublic) :7 387,51 milliards de FCFA ;
- assurer le fonctionnement de l’Administration et de nos services publics, y compris les structures hospitalières, les universités et les collectivités territoriales : 10 582 milliardsde FCFA. Ce montant englobe le paiement des bourses des étudiants (579,56 milliards FCFA) ; la subvention du monde rural (567,75 milliards FCFA), le carburant et l’électricité (1 431,6 milliards) et les denrées alimentaires de première nécessité (164,5 milliards en termes de subvention et de renonciation de recettes) ; la distribution des bourses de sécurité familiale à 354 951 ménages vulnérables, pour un montant cumulé de 201,735 milliards de FCFA ;
- investir, pour doter le pays d’infrastructures et d’équipements dignes de ce nom : 12 679,39 milliards FCFA.
- dans le domaine de l’énergie :
- le taux d’électrification est passé en zone rurale de 24%en 2012 à 61% en 2022, tandis qu’il atteint les 97% en zone urbaine ; De 1660 villages électrifiés en 2012, nous
- le Sénégal dispose de 1 787 mégawatts (MW) en puissance installée en 2022, contre 674,5 MWen 2012, et le réseau de transport d’électricité s’est enrichi de 1552 km de lignes nouvelles durant la même période.
- en matière d’infrastructures routières et de services de transport, c’est là où notre pays a accompli les progrès les plus spectaculaires puisqu’il a réalisé depuis 2012:
- 2 918 kmde routes revêtues contre 1 578 km qui existaient en 2012 ;
- 225 kmd’autoroutes en 2022, là où on n’avait que 32 km en 2012 ;
- 6 900 kmde pistes en 2022, contre 5 000 km de pistes dans tout le Sénégal en 2012 ;
- 23 pontsconstruits entre 2012 et 2022, quand notre pays comptait 11 ponts lors de la première élection du Président Macky SALL.
- Dans le domaine agricole :
- les productions céréalières sont passées de 1 512 092tonnes en 2012 à 3 663 498 tonnes en 2022-2023 ;
- la production arachidière est passée de 692 572tonnes en 2012 contre 1 501 498 tonnes en 2022 ;
- les productions horticoles sont estimées à 1 547 280tonnes en 2022/2023 contre 905 000 tonnes en 2012 ;
- 17 522salles de classes dont 2 361 dans le cadre du remplacement des abris provisoires, 83 lycées, 404 écoles, 356 collèges et 5 896 blocs d’hygiènes, 143 blocs administratifs, 78 926 mètres linéaires de clôtures ;
- 5universités, 14 Espaces numériques ouverts (ENO), 5 instituts supérieurs d’enseignement professionnel (ISEP), 34 centres de formation professionnelle, le tout avec un nombre de lits universitaires qui est passé de 5 000 à 22 125.
- dans le domaine de la santé: les investissements ont permis la finalisation des chantiers des hôpitaux Dalal Jamm de Dakar ainsi que ceux de Fatick, Ziguinchor, Matam, sans compter la construction de 5 nouveaux hôpitaux (Touba, Kaffrine, Sedhiou, Kédougou et Agnam).
- d’après les prévisions, les prix des hydrocarbures devraient être plus modérés. Il est vrai cependant que lorsqu’on établissait ces prévisions, la situation en Palestine et en Israël était complètement différente de ce qu’elle est aujourd’hui. S’il devait y avoir un élargissement du conflit, avec le risque d’un nouveau choc pétrolier, il est alors sûr que les subventions énergétiques nous coûteront plus cher ;
- un autre facteur, c’est que nous maîtrisons de plus en plus les subventions, sur le plan administratif. Le ministère des Finances a mis en place une brigade mixte de contrôle, composée d’agents des Impôts et de la Douane, et qui est en train de procéder à des enquêtes de terrain auprès des entreprises bénéficiaires, afin de vérifier si toutes les subventions payées ont été calculées dans les règles de l’art. Cette brigade est en train de traquer les moindres écarts et de les rectifier, ce qui, au final, permettra de faire baisser la facture des subventions.
Une telle performance est en lien, cela ne vous aura pas échappé, avec l’entrée en production attendue des projets SANGOMAR (pétrole) et GTA (gaz), dont le niveau de réalisation de chacun dépasse 90%. En dehors des revenus directs tirés des hydrocarbures et grâce notamment à la politique de contenu local, il va se développer tout un écosystème favorable à une meilleure collecte des impôts, autour des activités de transport, d’hôtellerie, de sous-traitance industrielle, etc.
Mais attention ! Pour le Gouvernement, le pétrole et le gaz représentent une opportunité, mais pas la solution à tous les problèmes du Sénégal.
Nous sommes attentifs à la situation des pays qui ont tout misé sur la rente d’hydrocarbures et qui se retrouvent, plus tard, victimes de la « malédiction du pétrole ».
Notre politique économique s’appuie sur plusieurs moteurs de croissance. J’en veux pour preuve : en 2024, le taux de croissance hors hydrocarbures est estimé à 6%.
Plus de recettes, pour plus de dépenses, car nos ambitions pour le Sénégal restent intactes.
On pourrait penser que dans le contexte d’une année électorale, un Chef de l’État non candidat à sa propre succession, n’afficherait pas un tel volontarisme budgétaire.
Mais ce serait mal connaître le Président Macky SALL : jusqu’au bout, jusqu’à la dernière minute, lui et son Gouvernement feront avancer ce pays. Car nous sommes dans une république ; ce ne sont pas les destins individuels qui comptent. La seule chose qui compte, et qui nous réunit ici, c’est le bien-être des Sénégalais, cet objectif ultime auquel le PSE est tout entier dédié.
Toutefois, et j’ai déjà eu à l’expliquer ici, plus de dépenses ne signifie pas plus de charges de gestion. Vous savez que depuis 2012, nous nous efforçons de rationaliser nos dépenses de fonctionnement, c’est-à-dire de faire en sorte que les services publics fonctionnent de manière optimale, mais en consommant le minimum de ressources possible.
Il faut que le même véhicule roule le même nombre de kilomètres mais en brûlant moins de carburant : c’est la réduction des dépenses.
Mais si l’on veut que le même véhicule roule une distance supérieure, en un temps plus réduit et en consommant moins de carburant, là on est dans la rationalisation.
Exercice difficile s’il en est, mais exercice qui porte ses fruits puisque les dépenses de fonctionnement de l’État (y compris les transferts courants, c’est-à-dire les dépenses de fonctionnement des collectivités territoriales et celles du secteur parapublic) sont passées de 12% du PIB en 2012, à 8,78% en 2024.
En matière d’investissement par contre, c’est le mouvement inverse. Je ne vous apprends rien : l’histoire de la présidence de Macky SALL sur le plan budgétaire est celle d’un effort soutenu et inlassable pour augmenter les investissements publics.
Et 2024 ne fait pas exception, avec une hausse de 15,6% par rapport à 2023.
Une particularité mérite d’être soulignée : les dépenses d’investissement financées sur ressources internes vont croître de 23,3%, là où celles financées sur ressources externes augmentent de 5%.
Ce que cela révèle est très simple : le Sénégal s’inscrit de plus en plus sur la voie de la souveraineté budgétaire. Nous dépendons de moins en moins de l’aide publique au développement et nous comptons de plus en plus sur nos seules forces.
C’est, ni plus ni moins, l’un des enjeux de la SRMT dont je vous parlais tout à l’heure.
Il est cependant bon de préciser que ce dynamisme budgétaire n’empêche pas le Gouvernement d’être très vigilant par rapport à la viabilité des finances publiques.
C’est ainsi qu’en 2024, le déficit budgétaire sera de 3,9%, en baisse par rapport à 2023 où il se situait à 5,5%.
Et dès 2025, nous serons à 3%, en respect des critères de convergence de l’UEMOA. Il faut dire d’ailleurs que c’est une cible de déficit que nous aurions atteinte depuis 2020, n’eut été la pandémie Covid-19.
Bien entendu, les comptes spéciaux du Trésor, dont le FNR, ne sont en rien concernés par ce déficit car ils sont votés en équilibre de recettes et de dépenses.
Le besoin de financement pour 2024 atteint 2 138,4 milliards de francs CFA, en baisse de 8,8% par rapport à 2023. Il est composé :
- des840,2 milliards de FCFA du déficit budgétaire (en valeur absolue) ;
- des1 248,2 milliards FCFA au titre de l’amortissement de la dette publique et
- de50 milliards FCFA relatifs aux Opérations Extérieures (OPEX) de nos forces de défense et de sécurité, partout où les Nations Unies et la CEDEAO sollicitent leur expertise.
Mamadou Moustapha BA
Ministre des Finances et du Budget