SAHARA OCCIDENTAL : L’AUTONOMIE, LE RÉALISME POLITIQUE ET L’HEURE DES CHOIX HISTORIQUES

À l’approche d’une échéance décisive au Conseil de sécurité, le conflit du Sahara occidental entre dans une phase où la question n’est plus seulement de défendre des positions historiques, mais de construire les conditions d’un compromis politique. Entre l’engagement américain, la centralité croissante de l’autonomie, les exigences de l’autodétermination et l’émergence d’un pluralisme sahraoui, une perspective de règlement se dessine. Encore faut-il transformer cette convergence diplomatique en un accord crédible, garanti et accepté par les populations concernées.
───
Le Sahara occidental face à un changement de paradigme
Après plus d’un demi-siècle de confrontation politique et diplomatique, le conflit du Sahara occidental semble atteindre un moment charnière. L’approche du 31 octobre 2026, date d’expiration du mandat actuel de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), intervient dans un environnement international sensiblement différent de celui qui a prévalu durant les décennies précédentes.
La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, a contribué à modifier les paramètres de la négociation en plaçant la proposition marocaine d’autonomie au centre des efforts diplomatiques. Cette évolution, renforcée par l’engagement américain et le soutien croissant de plusieurs puissances occidentales, ouvre une perspective politique qui mérite d’être examinée au-delà des discours de victoire ou de défaite.
Le changement fondamental réside dans le déplacement progressif du débat : d'une confrontation sur le statut définitif du territoire vers une discussion sur les conditions institutionnelles, juridiques et politiques d’une autonomie négociée.
Cette transformation ne signifie pas que les divergences relatives à la souveraineté et à l’autodétermination aient disparu. Elle indique néanmoins que les efforts internationaux
cherchent désormais à identifier un terrain de compromis susceptible de dépasser l’impasse historique.
L’analyse publiée le 17 octobre 2026 par Mohamed Loulichki, ancien ambassadeur et représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, apporte à cet égard un éclairage important sur les perspectives ouvertes par le rapport du secrétaire général António Guterres.
Elle met notamment en évidence quatre dimensions essentielles : la centralité de l’autonomie, la possibilité d’une période transitoire, la nécessité de garanties institutionnelles et internationales, et l’éventuelle adaptation du mandat de la MINURSO.
Ces éléments constituent moins les composantes d’un accord déjà conclu que les fondations possibles d’une nouvelle architecture de paix.
La question décisive n’est donc plus uniquement de déterminer quelle formule bénéficie du soutien diplomatique le plus important, mais de savoir comment convertir une orientation internationale favorable en un règlement négocié, démocratiquement légitime et durable.
Le Conseil de sécurité et la consolidation d’une nouvelle orientation
L’évolution des positions au sein du Conseil de sécurité constitue l’un des principaux facteurs de cette dynamique.
Les États-Unis et la France soutiennent clairement la proposition marocaine d’autonomie sous souveraineté marocaine. Le Royaume-Uni considère également cette initiative comme une base crédible et pragmatique de règlement. D’autres États ont exprimé, à des degrés divers,
leur intérêt pour cette approche.
La Russie et la Chine, pour leur part, privilégient la recherche d’une solution négociée dans le cadre des Nations unies, en maintenant une attention particulière à l’équilibre entre les parties et aux principes du droit international.
Cette configuration pourrait favoriser l’adoption d’une nouvelle résolution confirmant la place centrale de l’autonomie dans le processus politique.
Toutefois, la composition du Conseil et les orientations diplomatiques de ses membres ne permettent pas de préjuger du résultat du vote. Celui-ci dépendra de la formulation du texte, des négociations entre les membres permanents et de la manière dont seront articulés autonomie, autodétermination et consentement des parties.
La portée de la résolution 2797 doit, en effet, être appréciée avec précision. En donnant une impulsion politique à la proposition marocaine,
le Conseil de sécurité n’a pas juridiquement réglé la question de la souveraineté ni supprimé l’exigence d’une solution mutuellement acceptable.
Il a plutôt renforcé un cadre de discussion dans lequel l’autonomie occupe désormais une place privilégiée.
Cette distinction est fondamentale.
Une majorité diplomatique peut établir les paramètres d’une négociation ; elle ne peut se substituer à l’accord politique ni au consentement des populations concernées.
C’est précisément dans cet intervalle entre soutien international et légitimité populaire que se jouera la crédibilité du prochain règlement.
Washington, moteur diplomatique d’un compromis encore incertain
L’implication américaine représente
probablement l’élément le plus déterminant de la séquence actuelle.
Depuis la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental par l’administration Trump en décembre 2020, Washington a progressivement intégré ce dossier à une vision stratégique associant stabilité maghrébine, coopération économique, sécurité régionale et rapprochement entre partenaires.
La reprise des discussions en 2026, notamment à Madrid et à Washington, avec la participation du Maroc, du Front Polisario, de l’Algérie et de la Mauritanie, témoigne d’une volonté de dépasser les mécanismes diplomatiques qui avaient longtemps permis de gérer le conflit sans parvenir à le résoudre.
Mais l’engagement américain se heurte à une réalité politique persistante.
Le Maroc entend inscrire toute autonomie dans
le cadre de sa souveraineté. Le Polisario continue de défendre une conception de l’autodétermination incluant l'option de l’indépendance. L’Algérie insiste sur le respect du cadre onusien et des droits du peuple sahraoui, tandis que la Mauritanie privilégie une issue préservant ses intérêts et les équilibres régionaux.
Aucune de ces positions ne peut être ignorée dans une négociation sérieuse.
L’intérêt de l’initiative américaine réside donc moins dans sa capacité à imposer rapidement une formule que dans la possibilité d’organiser une convergence progressive autour d’un compromis.
Washington dispose d’une influence suffisante pour encourager les parties à examiner les dimensions concrètes d’un règlement. Il ne dispose cependant pas, à lui seul, du pouvoir de transformer une proposition politique en accord
accepté.
Une médiation efficace devra conjuguer fermeté sur la nécessité de négocier, souplesse sur les mécanismes institutionnels et attention aux garanties susceptibles de rassurer les protagonistes.
Le réalisme diplomatique ne consiste pas à demander aux parties d’abandonner leurs convictions du jour au lendemain, mais à leur offrir une perspective dans laquelle le compromis devient politiquement préférable à la prolongation du conflit.
L’autonomie : de la proposition marocaine à un véritable statut politique
La proposition d’autonomie présentée par le Maroc en avril 2007 constitue aujourd’hui le principal cadre institutionnel autour duquel
pourrait s’organiser une négociation.
Son intérêt réside dans la possibilité de concilier la souveraineté revendiquée par Rabat avec l’exercice de compétences politiques, administratives, économiques et culturelles par des institutions représentatives sahraouies.
Toutefois, la viabilité d’une autonomie ne saurait être appréciée uniquement à travers son principe.
Elle dépendra de l’étendue réelle des compétences transférées, des ressources financières attribuées aux institutions régionales, des mécanismes de contrôle démocratique et des garanties empêchant une remise en cause unilatérale du statut négocié.
Une autonomie substantielle devrait notamment assurer une représentation politique légitime, une capacité effective de décision dans les affaires régionales et une participation transparente à la gestion des ressources naturelles.
La question de son inscription dans l’ordre constitutionnel marocain apparaît, à cet égard, essentielle.
L’initiative de 2007 envisage déjà l’intégration du statut d’autonomie dans la Constitution. Cette constitutionnalisation pourrait constituer une première protection contre les modifications ordinaires du cadre institutionnel.
Elle ne suffirait cependant pas à elle seule.
La crédibilité du dispositif supposerait également des mécanismes de règlement des différends, des garanties relatives à la répartition des compétences et des engagements internationaux clairement définis.
Une éventuelle garantie des Nations unies, accompagnée de mécanismes de suivi et d’évaluation, pourrait contribuer à renforcer la confiance dans l’application de l’accord.
La réussite de l’autonomie dépendra ainsi d’un principe simple : elle devra être suffisamment
réelle pour répondre aux aspirations politiques des Sahraouis et suffisamment stable pour rassurer l’ensemble des parties sur sa pérennité.
La transition politique, condition d’une paix organisée
L’une des contributions importantes de l’analyse de Mohamed Loulichki concerne l’hypothèse d’une période transitoire destinée à accompagner la mise en œuvre d’un éventuel accord.
Le rapport du secrétaire général d’octobre 2026, tel qu’il est présenté dans cette analyse, évoque l’examen d’un Conseil de transition et d’un accord-cadre susceptible d’organiser le passage entre la conclusion d’un compromis et l’installation effective des institutions d’autonomie.
Cette perspective mérite une attention
particulière.
Après plusieurs décennies de conflit, il serait illusoire d’imaginer que les institutions d’un nouveau statut politique puissent fonctionner immédiatement sans préparation, sans garanties de sécurité et sans mesures de réconciliation.
Une transition négociée pourrait permettre d’organiser progressivement le transfert des compétences, la mise en place des institutions régionales, le retour volontaire des réfugiés et la réintégration des personnes concernées par le conflit.
Elle devrait également traiter les questions sensibles du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion des combattants, ainsi que celles des réparations, de l’amnistie éventuelle et de la reconstruction du tissu social.
La composition d’un éventuel Conseil de transition constituerait un enjeu politique majeur.
Celui-ci devrait associer les parties directement engagées dans la négociation tout en prévoyant des mécanismes permettant une représentation crédible des populations sahraouies.
Les Nations unies pourraient contribuer à sa supervision ou à son accompagnement, selon des modalités qui resteraient à négocier.
Il importe toutefois de distinguer les hypothèses institutionnelles examinées des décisions formellement adoptées. Aucun Conseil de transition ne saurait être considéré comme acquis avant un accord explicite.
La transition ne devrait pas devenir une nouvelle période d'attente indéfinie.
Elle devrait au contraire reposer sur un calendrier précis, des objectifs vérifiables et des engagements réciproques.
Une transition sans garanties risquerait de reproduire l’incertitude ; une transition négociée, limitée dans le temps et contrôlée
internationalement pourrait devenir le véritable instrument de la réconciliation.
La MINURSO : d’une mission de surveillance à un instrument de consolidation de la paix
La réflexion sur l’avenir de la MINURSO constitue une autre dimension essentielle du processus.
Créée en 1991 dans le cadre du plan de règlement des Nations unies, la mission a progressivement vu son rôle évoluer au rythme des blocages politiques et des transformations de la situation sur le terrain.
La possibilité d’adapter son mandat à un éventuel accord fondé sur l’autonomie soulève désormais une question stratégique.
Si un compromis était conclu, les Nations unies pourraient être appelées à accompagner des opérations de retour volontaire des réfugiés, de
désarmement, de démobilisation et de réintégration, ainsi que certains mécanismes de suivi institutionnel.
Une telle évolution ne devrait cependant pas être précipitée.
Tant que les négociations demeurent inachevées, la MINURSO conserve une fonction de prévention de l’escalade, de liaison entre les parties et de présence internationale.
La recommandation de prolongation de son mandat jusqu’au 31 octobre 2027, évoquée dans le rapport d’octobre 2026, s’inscrit dans cette logique de continuité.
L’idée d’une transformation future de la mission en mécanisme d’accompagnement d’un accord mérite donc d’être examinée, mais elle demeure conditionnée à l’existence d’un règlement politique.
La proposition de modifier sa dénomination pour refléter cette nouvelle vocation relève, à ce
stade, de la réflexion prospective et non d’une décision institutionnelle.
L’essentiel n’est d’ailleurs pas le nom de la mission, mais sa capacité à contribuer effectivement à la sécurité, à la confiance et à la mise en œuvre des engagements.
L’autodétermination et la consultation : la question décisive du consentement
L’un des aspects les plus sensibles du débat concerne la consultation des populations sahraouies.
Le rapport d’octobre 2026, dans le passage cité par Mohamed Loulichki, insiste sur la nécessité d’une consultation permettant aux Sahraouis d’accepter ou de rejeter librement et volontairement la proposition qui leur serait soumise.
Cette exigence place la question de la légitimité
populaire au cœur de la négociation.
Elle appelle cependant plusieurs clarifications fondamentales.
Qui sera appelé à participer à cette consultation ? Selon quels critères les populations concernées seront-elles identifiées ? Quelle sera la nature juridique de la procédure ? Quel sera le contenu exact de la proposition soumise à leur appréciation ?
Ces interrogations ne relèvent pas de simples considérations techniques.
Elles touchent directement à la légitimité et à la durabilité de tout règlement.
La définition du corps consulté devra tenir compte des habitants du territoire, des réfugiés et des communautés sahraouies établies à l’étranger, selon des critères transparents, équitables et négociés.
De même, les modalités de consultation devront permettre une expression libre, informée et
crédible.
L’autodétermination ne saurait être réduite à une formalité destinée à confirmer un accord déjà décidé.
Inversement, la recherche d’une consultation légitime ne devrait pas servir de prétexte à la paralysie permanente du processus.
Il appartient aux négociateurs de définir un mécanisme compatible avec les exigences du droit international, les réalités politiques et la nécessité de parvenir à une solution durable.
Dans cette perspective, les visites volontaires envisagées par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés pourraient contribuer à améliorer l’information des populations réfugiées sur les réalités du territoire.
Elles ne remplaceraient toutefois ni une consultation politique ni les garanties nécessaires à une décision libre.
La légitimité d’une autonomie ne découlera pas uniquement de sa reconnaissance internationale, mais de la possibilité offerte aux Sahraouis de participer effectivement à la définition de leur avenir.
Le pluralisme sahraoui, une dimension nouvelle de la négociation
Pendant plusieurs décennies, l’architecture diplomatique du conflit s’est principalement organisée autour du Maroc et du Front Polisario, avec la participation de l’Algérie et de la Mauritanie.
Cette configuration répond à l’histoire du différend et au rôle reconnu de ses principaux protagonistes.
Elle ne reflète cependant pas nécessairement toute la diversité politique et sociale de la population sahraouie.
Les habitants des villes du territoire, les réfugiés installés depuis plusieurs générations dans les camps de Tindouf et les communautés de la diaspora connaissent des réalités différentes.
Leurs aspirations politiques peuvent se rejoindre, mais leurs préoccupations quotidiennes ne sont pas toujours identiques.
C’est dans ce contexte que l’émergence du Mouvement sahraoui pour la paix (MSP), créé en octobre 2020 et dirigé par Hach Ahmed Baricalla, mérite d’être prise en considération.
Le mouvement défend une approche fondée sur le compromis, la réconciliation et la recherche d’une autonomie négociée assortie de garanties internationales.
Son positionnement ne constitue pas un troisième statut territorial entre indépendance et autonomie, mais une autre sensibilité politique sahraouie favorable à une solution pragmatique du conflit.
La rencontre du 30 juin 2026 entre des représentants du MSP et Mike Waltz, représentant permanent des États-Unis auprès des Nations unies, a contribué à donner une visibilité diplomatique supplémentaire à cette approche.
Elle ne constitue pas une reconnaissance du mouvement comme partie officielle aux négociations, mais peut être interprétée comme un signe d’intérêt pour une écoute plus diversifiée des sensibilités sahraouies.
Cette évolution pourrait avoir une portée constructive.
L’élargissement des consultations à des représentants de la société civile, des réfugiés, des acteurs économiques, des jeunes et de différentes sensibilités politiques permettrait d’enrichir les discussions sur le contenu de l’autonomie et les conditions de sa mise en œuvre.
Dans cette perspective, le MSP pourrait contribuer au débat par ses propositions relatives aux institutions représentatives, à la transition politique, au retour des réfugiés et aux mécanismes de réconciliation.
Sa contribution devrait néanmoins être appréciée à partir de la qualité de ses propositions, de son implantation sociale et de sa représentativité effective.
Il ne s’agirait pas de remplacer le Polisario par un autre interlocuteur, ni de transformer les divergences politiques sahraouies en une confrontation supplémentaire.
L’intérêt du pluralisme réside dans sa capacité à élargir les possibilités de compromis, non à multiplier les exclusions.
Une ouverture américaine véritablement inclusive pourrait ainsi contribuer à rapprocher la négociation institutionnelle des attentes concrètes de la population.
La Mauritanie et la question stratégique des frontières
L’un des aspects les plus significatifs du rapport d’octobre 2026 concerne la demande attribuée à la Mauritanie de créer une commission chargée de clarifier, de manière consensuelle, les frontières internationales définitives et permanentes du territoire contesté.
Cette question, évoquée lors des discussions de Madrid en février 2026, dépasse la seule dimension cartographique.
Elle renvoie à des préoccupations historiques, sécuritaires, économiques et géopolitiques particulièrement sensibles pour Nouakchott.
La Mauritanie a mis fin à sa participation au conflit en 1979, après son retrait de la partie méridionale du territoire. Elle demeure néanmoins directement concernée par les
conséquences d’un éventuel règlement.
La situation de Lagouira, à proximité immédiate de Nouadhibou, illustre la complexité de ces enjeux.
La péninsule du Cap Blanc, divisée historiquement entre les administrations coloniales française et espagnole, constitue un espace dans lequel les questions de souveraineté, de délimitation territoriale et de sécurité maritime se croisent avec des intérêts économiques considérables.
Les perspectives de développement du port de Dakhla Atlantique, l’avenir des infrastructures de Nouadhibou, les corridors commerciaux transsahariens et les ressources halieutiques renforcent l’importance stratégique de cet espace.
Il serait cependant réducteur d’interpréter la démarche mauritanienne comme une revendication territoriale.
En l’absence de précisions officielles supplémentaires sur ses motivations, plusieurs lectures demeurent possibles.
Nouakchott pourrait chercher à prévenir d’éventuelles incertitudes juridiques, à sécuriser ses frontières ou à garantir que les nouvelles dynamiques économiques régionales ne se développent pas au détriment de ses intérêts.
La délimitation maritime ajoute une dimension supplémentaire, compte tenu des enjeux liés aux zones économiques exclusives, aux ressources naturelles et à la proximité des îles Canaries.
Un éventuel accord sur le Sahara occidental devrait donc prendre en considération les préoccupations légitimes de la Mauritanie sans transformer la question frontalière en un obstacle supplémentaire à la négociation politique.
La coopération économique pourrait constituer, à cet égard, une voie particulièrement
prometteuse.
L’avenir de l’espace Nouadhibou–Lagouira–Dakhla gagnerait à être envisagé non comme une concurrence entre territoires, mais comme une possibilité de complémentarité portuaire, commerciale et logistique.
Une telle approche permettrait de replacer la stabilité régionale au centre des intérêts communs.
Le risque d’un nouveau rendez-vous manqué avec l’histoire
L’histoire diplomatique du Sahara occidental est jalonnée d’initiatives qui ont suscité des espoirs avant de se heurter aux mêmes divergences fondamentales.
Le plan de règlement de 1991, les propositions de James Baker et les différentes tentatives de négociation ont montré les limites des
démarches qui ne parvenaient pas à concilier les exigences politiques des parties.
La dynamique actuelle présente néanmoins une caractéristique nouvelle : l’autonomie bénéficie d’un soutien international plus important et fait l’objet de discussions portant davantage sur ses modalités concrètes.
Ce déplacement du débat pourrait constituer une occasion réelle de progrès.
Mais il serait dangereux de confondre cette évolution avec la conclusion prochaine d’un accord.
Le Maroc devra démontrer sa disposition à négocier une autonomie suffisamment substantielle pour répondre aux exigences de représentation et d’autogouvernement.
Le Polisario devra déterminer dans quelle mesure il entend participer à une discussion approfondie sur les possibilités concrètes de compromis, sans renoncer à défendre les
principes qu’il considère fondamentaux.
L’Algérie devra contribuer à créer un environnement régional favorable à la négociation, tandis que la Mauritanie continuera de jouer un rôle important dans la préservation des équilibres et des intérêts de voisinage.
Les États-Unis et les Nations unies devront, pour leur part, veiller à ce que l’accélération diplomatique ne compromette ni la crédibilité de la médiation ni l’adhésion des populations.
Une solution imposée risquerait de produire une stabilité apparente plutôt qu’une paix véritable.
À l’inverse, la prolongation indéfinie du statu quo comporte un coût humain, économique et politique considérable.
Les familles séparées, les générations nées dans les camps de réfugiés et les populations vivant dans l’incertitude ne peuvent continuer à attendre que les équilibres diplomatiques deviennent parfaitement favorables.
Le temps constitue désormais un facteur politique à part entière.
Après cinquante ans de conflit, la responsabilité des dirigeants ne se mesure plus seulement à leur fidélité aux positions historiques, mais également à leur capacité de proposer une issue crédible aux générations futures.
Une paix sahraouie aux conséquences maghrébines
Un règlement négocié du conflit aurait des répercussions dépassant largement le Sahara occidental.
Il pourrait contribuer à réduire les tensions entre le Maroc et l’Algérie, à relancer certaines perspectives de coopération maghrébine et à favoriser une meilleure coordination face aux défis sécuritaires du Sahel.
La région dispose de ressources économiques,
énergétiques, halieutiques et logistiques considérables, dont la valorisation demeure limitée par les divisions politiques.
Une stabilisation durable pourrait favoriser les échanges commerciaux, les investissements et la circulation des personnes.
Pour la Mauritanie, une telle évolution pourrait renforcer sa position de carrefour entre le Maghreb, l’Afrique de l’Ouest et l’espace atlantique.
Pour les Sahraouis, elle pourrait ouvrir des perspectives nouvelles en matière d’emploi, d’éducation, de mobilité, de développement local et de réunification familiale.
Mais les bénéfices économiques d’un règlement ne sauraient se substituer à sa légitimité politique.
La paix ne peut être durable si elle est conçue uniquement comme un arrangement stratégique entre États.
Elle doit également être vécue par les populations comme une amélioration réelle de leurs droits, de leur sécurité et de leurs perspectives d’avenir.
C’est pourquoi la dimension humaine devrait devenir l’un des critères essentiels d’évaluation de toute proposition de règlement.
───
CONCLUSION — L’AUTONOMIE, UNE OPPORTUNITÉ POLITIQUE QUI RESTE À TRANSFORMER EN PAIX
À quelques jours de la nouvelle échéance du Conseil de sécurité, le Sahara occidental se trouve devant une occasion diplomatique qui pourrait compter parmi les plus importantes des dernières décennies.
La résolution 2797 a renforcé la centralité de l’autonomie dans le processus politique. L’engagement américain a contribué à relancer les discussions. Le rapport du secrétaire général d’octobre 2026 et l’analyse qu’en propose Mohamed Loulichki mettent en lumière les éléments susceptibles de structurer un futur compromis : un statut d’autonomie négocié, des garanties constitutionnelles et internationales, une période transitoire, une adaptation éventuelle de la MINURSO et une consultation effective des populations.
Ces perspectives dessinent une architecture possible de règlement. Elles ne constituent pas encore un accord.
La distinction est essentielle pour comprendre la portée réelle de la séquence diplomatique actuelle.
L’autonomie apparaît aujourd’hui comme le cadre politique bénéficiant du soutien international le
plus affirmé. Mais sa crédibilité dépendra de sa capacité à devenir un projet institutionnel partagé, et non de la seule accumulation des reconnaissances diplomatiques.
Le Maroc dispose d’un environnement international favorable pour approfondir sa proposition et démontrer qu’une autonomie substantielle peut garantir aux Sahraouis des compétences politiques réelles, une représentation démocratique et la protection durable de leurs droits.
Le Polisario conserve une responsabilité majeure dans la recherche d’un compromis. Son rôle historique ne dispense pas d’examiner les évolutions du contexte international ni les conséquences humaines d’un enlisement prolongé.
L’Algérie et la Mauritanie demeurent indispensables à la construction d’un environnement régional stable. Quant aux États-
Unis et aux Nations unies, leur responsabilité sera de transformer la relance diplomatique en un processus crédible, fondé sur des engagements vérifiables.
L’émergence de nouvelles sensibilités sahraouies, notamment celle du Mouvement sahraoui pour la paix, pourrait contribuer à cette évolution en enrichissant le débat sur les modalités du compromis, la réconciliation et la participation des populations. Cette ouverture n’aura cependant de sens que si elle complète le dialogue existant au lieu de chercher à le remplacer.
Le véritable défi n’est donc pas de proclamer un vainqueur diplomatique, mais de construire une solution dans laquelle chaque partie puisse identifier des garanties suffisantes pour accepter le compromis.
Le réalisme politique ne doit pas devenir le renoncement aux principes. Il doit permettre de
transformer les principes en institutions, les revendications en droits garantis et les engagements diplomatiques en perspectives concrètes pour les populations.
La prochaine résolution du Conseil de sécurité pourra consolider une orientation, préciser des mécanismes et encourager les parties à poursuivre leurs discussions. Elle ne pourra cependant remplacer la volonté politique nécessaire à un règlement définitif.
Après plus d’un demi-siècle, le conflit ne peut continuer à être envisagé exclusivement à travers les positions héritées du passé. Il doit également être considéré à partir des attentes des générations qui auront à vivre avec les conséquences de l’accord ou de son absence.
L’autonomie sous souveraineté marocaine constitue désormais le principal cadre de compromis soutenu par plusieurs puissances influentes. Pour devenir une solution durable,
elle devra néanmoins faire l’objet d’une négociation véritable, comporter des garanties solides et recueillir une adhésion libre et crédible des populations concernées.
L’histoire ne retiendra pas seulement ceux qui auront défendu leurs positions avec constance. Elle jugera aussi ceux qui auront su reconnaître le moment où le compromis devenait possible et assumer la responsabilité de le construire.
Au Sahara occidental, l’heure n’est plus seulement à la diplomatie des principes, mais à la politique des résultats. Le succès ne sera pas mesuré à la victoire d’une partie sur une autre, mais à la capacité collective de mettre fin à un conflit dont les Sahraouis ont trop longtemps supporté le prix.
Car la véritable victoire ne sera ni marocaine, ni algérienne, ni celle d’un mouvement politique particulier : elle sera celle d’une paix négociée, garantie et suffisamment juste pour que les
Sahraouis puissent enfin envisager leur avenir autrement qu’à travers le conflit.
───
Hamoud Ghaillani
Analyste politique