Sahara occidental : le Polisario entrouvre la porte à l’autonomie, le MSP impose déjà le cadre l’ouverture conditionnelle du Polisario à l’autonomie, un tournant sous contraintes diplomatiques

Les récentes déclarations du ministre sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Yeslen Beisat, rapportées par le journal espagnol El Independiente dans un article de la journaliste Sara S. Bass publié le 10 avril 2026, constituent un signal politique d’une portée particulière. En mettant en lumière une ouverture inédite du Front Polisario à l’option d’autonomie, ce média espagnol révèle moins un changement doctrinal qu’une adaptation contrainte à un environnement diplomatique en profonde mutation.
Dans cet entretien, Beisat affirme que « l’autonomie peut être discutée et acceptée, mais jamais comme solution unique et obligatoire ». Une formulation soigneusement calibrée, qui traduit une inflexion notable du discours officiel du Polisario. Le choix du journal El Independiente, reconnu pour sa proximité avec les cercles politiques et diplomatiques espagnols, n’est pas anodin : il témoigne d’une volonté de s’adresser directement à un public européen influent, au moment où l’Espagne elle-même a évolué vers un soutien explicite à l’initiative marocaine d’autonomie.
Une inflexion stratégique sous pression internationale
Cette évolution intervient dans un contexte marqué par une recomposition des équilibres diplomatiques autour du Sahara occidental. Le rôle croissant des États-Unis, y compris dans une dynamique de médiation indirecte associée à Donald Trump, s’inscrit dans la continuité de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine en 2020.
Parallèlement, plusieurs puissances influentes — dont les États-Unis, l’Espagne, la France et l’Allemagne — convergent désormais vers une lecture qualifiant l’initiative d’autonomie de « solution sérieuse, crédible et réaliste ». Cette orientation est explicitement renforcée par la Résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui appelle à une solution politique pragmatique et durable fondée sur le compromis.
Dans ce contexte, l’ouverture du Polisario apparaît moins comme un choix stratégique autonome que comme une réponse à un isolement diplomatique croissant.
Malgré cette inflexion, le Polisario maintient son attachement au principe d’autodétermination, refusant toute solution imposée. Cette posture traduit une tentative d’équilibre délicat : préserver la légitimité historique de la revendication indépendantiste tout en s’adaptant à un cadre international désormais orienté vers des solutions négociées et réalistes.
Cependant, cette position reste marquée par des contradictions. En acceptant l’autonomie comme option tout en en contestant les conditions politiques et institutionnelles, le Polisario entretient une ambiguïté qui limite la portée de son ouverture.
À l’inverse, le Mouvement Sahraoui pour la Paix (MSP) apparaît aujourd’hui comme un acteur ayant anticipé cette évolution. Depuis plusieurs années, il défend de manière constante une approche fondée sur l’autonomie comme solution politique réaliste, dans le respect des équilibres régionaux et des aspirations des populations sahraouies.
Les déclarations de son premier secrétaire, Hach Ahmed Baricalla, notamment dans le média espagnol , viennent renforcer cette position. Il y affirme clairement que la solution au conflit passe par une approche « réaliste, pragmatique et fondée sur le compromis », en cohérence avec les orientations du Conseil de sécurité.
Cette prise de position confère au MSP une crédibilité croissante auprès des acteurs internationaux, en phase avec les attentes des grandes puissances et des institutions multilatérales. Elle s’inscrit également dans une dynamique visant à structurer une « troisième voie » sahraouie, dépassant l’opposition binaire entre indépendance et statu quo.
Par Hamoud Ghailani