Sahara occidental : quand le projet du MSP croise la logique de l’autonomie dans sa dimension

À quelques semaines du rendez-vous d’octobre au Conseil de sécurité, l’attention se concentre sur le rapport de forces diplomatique favorable au plan d’autonomie marocain et sur l’avenir de la MINURSO. Mais une autre convergence mérite d’être observée : sans reprendre à son compte le projet marocain dans sa formulation actuelle, le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) développe depuis plusieurs années une architecture de compromis dont plusieurs composantes — institutions sahraouies élues, exécutif local, garanties internationales, sécurité de proximité, retour des réfugiés et période transitoire — recoupent les questions qu’une autonomie négociée devrait nécessairement résoudre.
Rabat arrive en octobre avec un rapport de forces renforcé
La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025 par onze voix, sans opposition, avec les abstentions de la Russie, de la Chine et du Pakistan et la non-participation de l’Algérie au vote, a sensiblement déplacé le cadre diplomatique du dossier. Elle a prolongé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026, mais surtout demandé que les négociations prennent pour base la proposition marocaine d’autonomie, tout en visant une solution définitive, mutuellement acceptable et assurant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental.
Le texte contient toutefois une nuance essentielle. Il ne reconnaît pas la souveraineté marocaine sur le territoire et ne ferme pas formellement la négociation : le Conseil invite les parties à présenter des idées susceptibles de contribuer à une solution mutuellement acceptable. Staffan de Mistura a lui-même expliqué après son adoption que le plan marocain servirait de base aux discussions, aux côtés des propositions du Polisario et d'autres idées pertinentes.
C'est dans cet espace politique que la question du MSP prend une dimension particulière.
Le MSP cherche moins à remplacer le Polisario qu'à modifier le format
Le Mouvement sahraoui pour la paix défend depuis plusieurs années une thèse distincte : le règlement du conflit ne devrait plus être construit exclusivement autour d'une confrontation entre Rabat et le Polisario.
Dans une correspondance adressée à Staffan de Mistura en février 2026, le mouvement a ainsi demandé un processus de consultation plus inclusif, considérant que la diversité des opinions sahraouies devait trouver une traduction dans le processus politique.
Cette revendication est stratégique.
Le MSP ne dispose pas du statut international du Front Polisario dans le processus conduit par l'ONU. Mais son positionnement cherche précisément à dissocier deux notions longtemps confondues : la représentation historique du Polisario et l'existence contemporaine de plusieurs sensibilités politiques au sein de la société sahraouie.
À mesure que la négociation se déplace de la question abstraite du statut final vers le contenu d'un éventuel compromis, cette distinction pourrait devenir plus importante.
Là où les propositions commencent à se croiser
Le rapprochement entre la réflexion du MSP et la logique d'une autonomie négociée apparaît davantage dans l'architecture institutionnelle que dans les formulations diplomatiques.
Le plan marocain de 2007 repose sur l'exercice de compétences locales par des institutions propres au Sahara, tandis que les compétences régaliennes resteraient à l'État marocain.
Le projet politique développé par le MSP va également vers une forte capacité sahraouie d'auto-administration, mais cherche à préciser davantage certains mécanismes de transition et de garanties.
Parmi les idées avancées dans ses propositions figurent notamment une Assemblée sahraouie élue, un Conseil de notables, un exécutif sahraoui disposant de compétences substantielles, ainsi qu'un dispositif local de sécurité. Le mouvement envisage également une période transitoire d'environ trois ans, des mesures d'amnistie et de réconciliation et un mécanisme destiné à faciliter le retour volontaire des réfugiés.
La convergence ne signifie donc pas identité.
Le Maroc part d'un principe de souveraineté et propose l'autonomie comme organisation interne du territoire. Le MSP raisonne davantage à partir d'un compromis sahraoui et des garanties nécessaires pour qu'une solution puisse être acceptée par des populations aujourd'hui séparées entre le territoire, les camps de Tindouf et la diaspora.
Mais les deux raisonnements finissent par rencontrer les mêmes questions pratiques : qui gouverne ? avec quelles compétences ? avec quelle représentation ? quelles forces de sécurité ? quelles garanties internationales ? et comment organiser le retour des réfugiés ?
Du principe d'autonomie à son contenu
C'est précisément là que pourrait se situer la prochaine étape du dossier.
Pendant des années, l'autonomie a principalement été discutée comme un concept diplomatique : pour ou contre le projet marocain.
La résolution 2797 modifie partiellement cette logique. Dès lors que le Conseil de sécurité demande des négociations prenant ce projet comme base tout en sollicitant des propositions complémentaires, la discussion peut progressivement porter sur son contenu concret.
Il faudrait alors négocier les compétences d'une assemblée locale, la composition de l'exécutif, le partage des ressources, les garanties linguistiques et culturelles, la justice, la sécurité, les relations avec l'administration centrale, ainsi que les mécanismes internationaux accompagnant l'accord.
À ce stade, certaines propositions du MSP pourraient devenir pertinentes non parce qu'elles se substitueraient au plan marocain, mais parce qu'elles pourraient contribuer à préciser les conditions politiques d'un compromis.
Le retour des réfugiés, point de jonction décisif
La question des camps de Tindouf constitue probablement le domaine dans lequel cette réflexion prend le plus de substance.
Une solution institutionnelle qui ne prévoirait pas les conditions du retour volontaire des réfugiés laisserait subsister une partie essentielle du conflit.
Le MSP lie précisément règlement politique et sortie progressive de l'exil. Son approche associe retour volontaire, amnistie, réconciliation, reconstruction, logements, création d'emplois et intégration des Sahraouis revenus des camps dans les nouvelles institutions.
La question devient alors moins celle de savoir simplement sous quel drapeau se fera le règlement que dans quelles conditions humaines, économiques et politiques les Sahraouis pourront vivre après celui-ci.
Cette problématique est également au cœur des critiques formulées contre l'orientation actuelle du processus. Le Polisario continue de réclamer un exercice de l'autodétermination permettant l'indépendance et rejette les solutions qu'il considère comme prédéterminant le statut du territoire. Des organisations de défense des droits humains ont également estimé que le nouveau cadre devait préserver effectivement le droit à l'autodétermination.
MINURSO : de la surveillance à l'accompagnement d'un accord ?
La seconde inconnue d'octobre concerne la MINURSO.
La résolution 2797 ne s'est pas contentée de prolonger son mandat. Elle a demandé au secrétaire général de présenter un examen stratégique de son futur mandat, en tenant compte de l'évolution des négociations.
Cette disposition ouvre plusieurs possibilités.
Si aucun progrès politique substantiel n'est obtenu, la mission pourrait continuer à remplir essentiellement ses fonctions de stabilisation et de surveillance. Si, au contraire, une architecture de règlement commence à émerger, sa fonction pourrait progressivement évoluer vers l'accompagnement d'une transition.
Dans une telle hypothèse, les propositions concernant le retour des réfugiés, les garanties sécuritaires, la démobilisation, la confiance entre les parties et l'installation de nouvelles institutions deviendraient centrales.
C'est précisément sur ces sujets que les propositions du MSP rencontrent le débat sur l'avenir de la mission onusienne.
Washington, variable déterminante
Le rôle américain restera essentiel.
Les États-Unis disposent du veto au Conseil de sécurité et ont joué un rôle central dans l'élaboration de la résolution 2797. La France et le Royaume-Uni soutiennent également le plan d'autonomie, tandis que les positions russe et chinoise imposent de conserver un texte susceptible d'éviter une confrontation entre membres permanents.
L'enjeu pour Washington pourrait donc être de transformer l'acquis diplomatique de 2025 en processus politique sans rendre le cadre tellement fermé qu'il deviendrait impossible à négocier avec les autres acteurs.
C'est également pourquoi l'émergence d'une pluralité politique sahraouie peut acquérir une utilité diplomatique nouvelle : elle permettrait de distinguer l'acceptation préalable d'un résultat de la participation à la négociation de ses garanties.
Une convergence à tester, pas encore un accord
Le MSP et le Maroc ne partent ni du même statut politique ni exactement du même raisonnement. Il serait donc excessif de présenter le projet du mouvement comme une simple déclinaison du plan marocain.
Mais leurs propositions commencent à se croiser sur plusieurs éléments opérationnels : autogouvernement sahraoui, institutions représentatives, exécutif local, sécurité de proximité, garanties politiques, transition, réconciliation et retour des réfugiés.
C'est cette intersection qui mérite désormais l'attention.
Si octobre confirme le plan d'autonomie comme centre de gravité des négociations, le débat pourrait progressivement changer de nature. La question ne serait plus uniquement de déterminer quelle solution doit l'emporter, mais de savoir quelle autonomie, avec quelles institutions, quelles garanties et quelle représentation sahraouie peut constituer un compromis négociable.
Dans ce scénario, la valeur politique du MSP ne résiderait pas nécessairement dans sa capacité à concurrencer le Polisario. Elle se situerait plutôt dans sa capacité à apporter au processus ce qui lui manque encore : une proposition sahraouie détaillant les mécanismes permettant de passer du concept d'autonomie à l'organisation concrète de l'après-conflit.
C'est peut-être à cette intersection — entre l'autonomie proposée par Rabat, les garanties recherchées par les Sahraouis et le cadre politique de l'ONU — que se jouera l'une des dimensions les moins visibles, mais potentiellement les plus importantes, de la séquence d'octobre. Hamou Ghaillani