Sahel: L’administration Trump étudie des frappes militaires au Mali contre le JNIM

Sahel: L’administration Trump étudie des frappes militaires au Mali contre le JNIM

L’administration du président Donald Trump examine actuellement la possibilité de mener des opérations militaires directes au Mali pour cibler le groupe jihadiste Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à al-Qaïda. Si elle était validée, cette intervention ferait du Mali le huitième pays dans lequel les États-Unis ordonneraient des frappes sous le second mandat de M. Trump.

Des sources américaines actuelles et anciennes, citées par le Washington Post, confirment que des délibérations sont en cours au plus haut niveau de l’exécutif, même si des désaccords persistent.

Un groupe jihadiste devenu hégémonique dans le Sahel

Le JNIM a considérablement renforcé sa position au Mali et dans les pays voisins. Ces derniers mois, le groupe a multiplié les actions d’envergure : blocus du carburant qui a paralysé une grande partie du pays, attaques coordonnées dans la capitale Bamako, prise de localités stratégiques et assassinat du ministre malien de la Défense lors d’un attentat suicide au printemps.

Parallèlement, son rival IS Sahel (affilié à l’État islamique) consolide ses positions près de la frontière nigérienne, où il aurait notamment enlevé l’année dernière le missionnaire américain Kevin Rideout. Le Sahel est aujourd’hui considéré comme l’épicentre mondial du terrorisme jihadiste.

Sebastian Gorka, principal avocat de l’option militaire.

Au sein de l’administration Trump, le conseiller senior pour le contre-terrorisme au Conseil de sécurité nationale, Sebastian Gorka, figure parmi les plus ardents partisans d’une réponse armée.

D’autres responsables restent plus réservés, craignant les conséquences d’une escalade.

La junte malienne et le pari russe

Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, le Mali est dirigé par une junte militaire qui a rompu avec la France et les partenaires occidentaux traditionnels pour se tourner vers Moscou. Les mercenaires russes, d’abord du groupe Wagner puis de l’Africa Corps, sont régulièrement accusés d’exactions graves contre les populations civiles.

Selon les données de l’ACLED, l’armée malienne et ses alliés russes auraient tué 925 civils en 2024, contre 232 attribués aux groupes jihadistes.

Malgré ces tensions, Washington a renforcé l’an dernier le partage de renseignements avec Bamako. Cette coopération visait notamment à localiser le missionnaire américain Kevin Rideout et a nécessité la levée de certaines sanctions contre des membres de la junte.

Des risques diplomatiques et sécuritaires élevés

Une intervention américaine directe au Mali comporterait plusieurs dangers identifiés par les experts :

• Risque de confrontation avec les forces russes présentes sur place ;

• Possible riposte du JNIM contre des intérêts ou des ressortissants américains (ce qu’il n’a pas fait jusqu’à présent) ;

• Effet contre-productif : affaiblir le JNIM pourrait renforcer son rival IS Sahel.

Wassim Nasr, spécialiste du Sahel au Soufan Center, estime que la solution purement militaire a déjà montré ses limites : « Les Français ont essayé pendant dix ans. Les Russes essaient depuis cinq ans. La situation ne fait qu’empirer. » Il plaide pour une approche de résolution de conflit incluant des négociations avec le JNIM.

Peter Pham, ancien responsable au sein de l’administration Trump, se montre moins pessimiste sur l’usage de la force, mais pose comme condition préalable le rétablissement d’une relation de confiance avec les autorités maliennes et nigériennes.

Une décision encore en suspens

La Maison-Blanche n’a pas confirmé l’existence de plans opérationnels concrets. Un responsable américain a toutefois indiqué que Washington encourage les pays africains à acquérir du matériel et des services américains pour soutenir leurs efforts contre le terrorisme dans la région.

L’éventualité d’une opération militaire au Mali illustre la tension entre la promesse de campagne de Donald Trump de ne pas engager les États-Unis dans de nouvelles guerres et la réalité d’une menace jihadiste qui continue de s’étendre dans le Sahel.

L’article du Washington Post précise que ni le Pentagone ni l’ambassade de Russie à Washington n’ont souhaité commenter ces informations.

Sources principales : Enquête du Washington Post (John Hudson et Rachel Chason), données ACLED, analyses du Soufan Center et d’experts indépendants du Sahel.

Samir Moussa