TRUMP-POUTINE : Logiques et perspectives d’une négociation sur l’Ukraine

Comme prévu, le nouveau président américain, Donald Trump, semble se montrer conciliant avec son homologue russe, Vladimir Poutine, dont les objectifs restent maximalistes. Poutine n’est pas si pressé que les Occidentaux se sont plu à le croire pour se rassurer : soit Trump aide le Kremlin à atteindre ses objectifs maximalistes, soit les négociations échoueront. La Russie, convaincue de pouvoir l’emporter sur le champ de bataille, continuera cette guerre. Poutine cherche à réaliser ce qu’il a su faire à Minsk, en 2014-2015 : pousser les Occidentaux à « faire le sale boulot » en forçant l’Ukraine à accepter l’inacceptable. Ce stratagème du Kremlin a le triple avantage d’affaiblir Kiev, de salir l’image de l’Occident et d’accentuer le ressentiment des Ukrainiens envers ce dernier. Il n’est pas trop tard pour l’Union européenne mais le Dialogue mélien a déjà commencé ; il serait temps qu’elle s’en rende compte et qu’elle agisse en conséquence. Voilà quelques points saillants d’une note de Dimitri Minic, chercheur au Centre Russie/Eurasie de l’Ifri et docteur en histoire des relations internationales de Sorbonne Université. L’étude est intitulée : « Trump-Poutine : Logiques et perspectives d’une négociation sur l’Ukraine ».
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Comme prévu, le nouveau président américain, Donald Trump, semble se montrer conciliant avec son homologue russe, Vladimir Poutine, dont les objectifs restent maximalistes : cession de territoires, changement de régime, finlandisation et démilitarisation de l’Ukraine. Après avoir rejeté en décembre 2024 les propositions avancées par la nouvelle administration américaine – acceptation de facto des annexions, création d’une zone démilitarisée gardée par des forces de maintien de la paix européennes, renoncement à l’entrée de l’Ukraine dans l’Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) à un horizon de 15-20 ans –, V. Poutine a annoncé le 12 février qu’il acceptait l’ouverture de négociations avec les États-Unis. Dans l’intervalle, en janvier, D. Trump a montré des signes d’irritation qui se sont traduits par un langage peu diplomatique et même des menaces (sanctions, droits de douane, emploi des avoirs russes gelés) contre Moscou, auxquels V. Poutine a eu l’habileté de répondre par la flatterie. Les termes de l’équation ont-ils changé entre décembre 2024 et février 2025 ? Il semble que D. Trump ait accepté de céder sur la faible proposition qu’il avait faite à V. Poutine (et déjà inacceptable pour Moscou, ce qui était prévisible). Ainsi, depuis le 12 février 2025, il n’est plus question de retarder l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN de 15 à 20 ans, mais bien de clore le dossier – c’est probablement dans cette nuance que se situe la véritable concession à la Russie. En outre, Washington confirme vouloir laisser aux Européens la responsabilité – s’ils le souhaitent – de créer une force de garantie de sécurité à l’Ukraine – ce qui semble peu probable, aussi bien parce que Moscou la refusera catégoriquement que parce que la pusillanimité des Européens les empêchera d’agir sans couverture américaine. Par ailleurs, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et les dirigeants Européens, avec lesquels la Russie souhaite depuis longtemps se retrouver en tête à tête (sans leur protecteur américain), semblent exclus des négociations. L’absence, parmi les négociateurs américains, de l’envoyé spécial de Washington pour l’Ukraine, Keith Kellogg, probablement jugé « inamical » par le Kremlin, est aussi révélatrice.
La stratégie du Kremlin
- Trump est-il vraiment en train de céder à V. Poutine ? Quel est l’objectif de D. Trump ? Obtenir un deal rapidement pour être sacré faiseur de paix, ce que Moscou n’ignore pas. Quel est l’objectif de V. Poutine ? Soumettre politiquement l’Ukraine, ce que D. Trump ne semble toujours pas avoir compris (hier encore, il prétendait que Moscou avait envahi l’Ukraine pour des « terres »). Il devra toutefois le comprendre assez vite s’il souhaite vraiment faire un deal avec V. Poutine. Ce dernier est en train de réaliser ce qu’il a su faire à Minsk, en 2014-2015 : pousser les Occidentaux à « faire le sale boulot » en forçant l’Ukraine à accepter l’inacceptable – c’est aussi ainsi qu’il faut comprendre la déclaration de D. Trump sur l’Ukraine, qui pourrait bien « devenir russe ». Ce stratagème du Kremlin a le triple avantage d’affaiblir Kiev, de salir l’image de l’Occident et d’accentuer le ressentiment des Ukrainiens envers ce dernier. V. Poutine n’est pas si pressé que les Occidentaux se sont plu à le croire pour se rassurer : soit Trump aide le Kremlin à atteindre ses objectifs maximalistes, soit les négociations échoueront ; la Russie, convaincue de pouvoir l’emporter sur le champ de bataille, continuera cette guerre.