Visite officielle à Abu Dhabi : Diomaye sur les pas de Sonko

Visite officielle à Abu Dhabi : Diomaye sur les pas de Sonko

Reçu ce mercredi 16 septembre au Palais présidentiel par Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé vouloir finaliser un nouveau partenariat économique avec les Émirats arabes unis. Six secteurs sont concernés. Ce sont, à la virgule près, ceux qu'Ousmane Sonko avait mis sur la table un an plus tôt.

Finance, infrastructures, énergie, agriculture, logistique, numérique. Le communiqué publié à l'issue de l'entretien d'Abu Dhabi énumère six domaines et emploie un verbe qui dit tout : finaliser. On ne finalise que ce qui a déjà été négocié. Et pour comprendre d'où viennent ces six secteurs, il faut remonter à une semaine de septembre 2025, puis à une journée de décembre à Dakar.

Septembre 2025 : la semaine qui a tout ouvert

Le 8 septembre 2025, Ousmane Sonko, alors Premier ministre, atterrit à Abu Dhabi pour six jours. C'est son troisième déplacement hors du continent après la Chine et la Turquie, et le choix est en lui-même une déclaration : le voyage est explicitement inscrit dans la mise en œuvre du plan de redressement économique et social.

La délégation ne laisse aucun doute sur la nature de la mission. Affaires étrangères, Énergie et Mines, Économie et Plan, Finances et Budget, Communication : ce n'est pas une suite protocolaire, c'est une équipe de négociation. Sonko ne vient pas solliciter une aide au développement, il vient chercher des capitaux et des opérateurs. Il le dit sans détour à la fin du séjour, en ajoutant que certaines discussions ne peuvent pas encore être rendues publiques.

Le moment décisif de cette semaine ne se joue pas au Palais présidentiel. Il se joue le 10 septembre, chez Sheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, qui reçoit le Premier ministre sénégalais en tête-à-tête à sa résidence. Vice-président et vice-Premier ministre, président de la Cour présidentielle, l'homme est au cœur de l'architecture financière émiratie, avec les responsabilités que l'on sait sur la banque centrale et sur l'écosystème d'investissement du pays. À Abu Dhabi, l'audience chez le président de la Fédération scelle la relation d'État. C'est celle-ci qui engage l'argent.

Le reste du séjour découle de cet accès. Le 11 septembre, un forum d'affaires réunit à Abu Dhabi responsables sénégalais et investisseurs émiratis, les institutions de Dakar présentant directement leur portefeuille de projets. Sonko rencontre les dirigeants du Fonds d'Abu Dhabi pour le développement, partenaire historique du Sénégal : depuis 1978, le Fonds indique avoir financé plus de 314 millions de dirhams de projets sénégalais, dans les infrastructures, les énergies renouvelables et l'électrification rurale. Puis, le même jour à Dubaï, lors de la visite des installations de DP World, le Premier ministre assiste à la signature d'un avenant entre le groupe portuaire, le ministère sénégalais des Finances et du Budget et le Port autonome de Dakar, portant sur le renforcement du partenariat et le financement du port de Ndayane.

Ce dernier point mérite d'être souligné, parce qu'il échappe à la critique habituelle faite aux voyages officiels. Un avenant n'est pas une photographie de poignée de main : c'est un acte juridique, signé, sur le chantier logistique le plus structurant du pays.

Décembre 2025 : le test de l'après

Une visite diplomatique ne se juge pas au nombre d'audiences obtenues, mais à ce qui se passe une fois l'avion reparti. Sur ce critère, la séquence émiratie de Sonko est l'une des rares de la décennie à avoir passé l'épreuve.

Trois mois plus tard, le 10 décembre 2025, une délégation conduite par le ministre émirati du Commerce extérieur, Thani bin Ahmed Al Zeyoudi, est à Dakar, accompagnée de responsables gouvernementaux, de dirigeants d'entreprises et d'investisseurs. Sur l'origine de cette mission, il n'est même pas nécessaire d'interpréter la chronologie : la Primature sénégalaise écrit noir sur blanc qu'elle fait suite à la visite effectuée par Ousmane Sonko aux Émirats au mois de septembre. La filiation n'est pas une lecture partisane, c'est une source officielle.

Les discussions ne sont plus diplomatiques mais sectorielles et techniques, coordonnées côté sénégalais par le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba.

Au Building administratif Mamadou-Dia, la récolte est substantielle : réseau gazier national, énergies renouvelables, mines de fer, commercialisation de l'or, phosphates et production d'engrais NPK, infrastructures hospitalières et fabrication de médicaments génériques, agropoles, logements sociaux, digitalisation des finances publiques. Les décomptes varient selon le périmètre retenu — dix protocoles d'accord selon la Primature, onze accords de partenariat selon l'APS, treize mémorandums selon l'agence officielle émiratie WAM — mais toutes les sources convergent sur l'ampleur de la séquence.

Une précaution s'impose ici, et la Primature l'a elle-même formulée : un mémorandum d'entente établit une intention de coopération, il n'est pas un investissement décaissé. Sa valeur réside dans sa capacité à devenir un contrat. C'est exactement le point où se situe aujourd'hui le dossier — et c'est ce qui donne son sens à la visite présidentielle de cette semaine.

Ce que disent les chiffres

La trajectoire se lit dans les données commerciales. Selon les statistiques émiraties, les échanges non pétroliers entre les deux pays ont atteint environ 1,3 milliard de dollars en 2025, en hausse de 24,5 %. Au premier semestre 2026, ils dépassaient déjà 751 millions de dollars, soit une progression de 31 % sur un an. DP World, de son côté, a engagé plus de 300 millions de dollars pour moderniser le terminal à conteneurs du port de Dakar, en sus du chantier de Ndayane, où l'État sénégalais détient 40 % du capital et l'opérateur émirati 60 %.

Une hausse de 31 % au premier semestre 2026 ne se décrète pas au printemps 2026. Elle est la traduction comptable de décisions prises dix-huit mois plus tôt.

Le contexte plus large explique l'intérêt réciproque : les Émirats ont engagé plus de 110 milliards de dollars en Afrique depuis 2019. La question stratégique, pour le Sénégal, n'est pas d'obtenir des audiences, mais de capter durablement une fraction de ces flux.

Le même parcours, dans le même ordre

Bassirou Diomaye Faye ne découvre ni les Émirats ni leurs dirigeants. Il s'était rendu à Abu Dhabi du 4 au 6 décembre 2024, y avait retrouvé Sheikh Mohamed bin Zayed en janvier 2026 lors de l'Abu Dhabi Sustainability Week, et avait reçu au Palais, début septembre 2026, une nouvelle délégation d'Al Zeyoudi consacrée aux mines, aux énergies renouvelables, aux infrastructures, à la sécurité alimentaire et à la logistique.

Mais la visite de cette semaine emprunte un itinéraire déjà tracé. Selon nos informations, outre l'audience chez le chef de l'État émirati, le président sénégalais a également eu un tête-à-tête avec Sheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan. C'est très exactement le format du déplacement de septembre 2025 : l'audience qui scelle, puis l'entretien qui finance. Le Sénégal n'a pas seulement repris la politique émiratie d'Ousmane Sonko ; il en a repris la chorégraphie, dans le même ordre et avec les mêmes interlocuteurs.

L'étape émiratie succède par ailleurs à deux jours à Washington, où le chef de l'État s'est entretenu le 15 septembre avec la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, deux semaines après l'accord conclu au niveau des services sur un programme de 36 mois d'environ 2,2 milliards de dollars, encore soumis à l'approbation du conseil d'administration. Le rapprochement des deux étapes éclaire rétrospectivement la stratégie inaugurée en 2025 : quand les bailleurs traditionnels imposent leur calendrier et leurs conditions, mieux vaut disposer d'un second guichet. C'est précisément la doctrine que Sonko avait assumée, en allant chercher les capitaux là où ils se décident vite — la Chine, la Turquie, puis le Golfe.

L'architecte et l'héritier

Il faut dire les choses telles qu'elles sont : Ousmane Sonko n'est plus Premier ministre depuis le 22 mai 2026, et la rupture entre les deux têtes de l'exécutif structure désormais toute la vie politique sénégalaise. C'est ce qui donne à la séquence d'Abu Dhabi son relief singulier. Le président de la République y poursuit, secteur par secteur et audience par audience, une politique dont l'architecte a quitté le gouvernement.

Il n'y a là rien de déshonorant, et c'est même la marque d'un État qui fonctionne : les partenaires étrangers, émiratis en particulier, ne financent que ce qui dure. Mais il y a une honnêteté élémentaire à reconnaître d'où vient ce que l'on récolte. Le partenariat économique que le chef de l'État entend finaliser cette semaine ne naît pas de cette visite. Il naît d'une semaine de septembre 2025, d'un tête-à-tête à la résidence de Sheikh Mansour, d'un avenant signé à Dubaï et d'une matinée de décembre au Building Mamadou-Dia.

La visite s'achève ce jeudi 17 septembre, et le contenu comme le calendrier des accords restent à arrêter. C'est à cette aune que l'histoire jugera, et non au nombre de déplacements : les protocoles de décembre 2025 deviendront-ils des usines, des centrales, des kilomètres de quai et des emplois ? Ousmane Sonko a ouvert la porte et rempli la table. Il revient à Bassirou Diomaye Faye de signer.

Cheikh GUEYE /Dakar Times