Washington : Abdourahmane Sarr plaide pour « le programme d’abord »

Les communications venues de Washington sont jugées plus rassurantes par Abdourahmane Sarr, ancien ministre de l’Économie. Dans une contribution consacrée aux rencontres du président Bassirou Diomaye Faye avec les responsables de la Banque mondiale et du FMI, il estime que le Sénégal doit privilégier l’approbation rapide d’un programme avec le FMI et la mobilisation de liquidités, plutôt que de se précipiter vers une restructuration de sa dette.
Les dernières communications de la Présidence de la République et du Fonds monétaire international (FMI), depuis Washington, apparaissent plus rassurantes que celles de la semaine du 1er au 8 septembre, selon Abdourahmane Sarr. L’ancien ministre de l’Économie considère que le Sénégal demeure résilient et engagé sur une trajectoire qui peut permettre de sortir progressivement de ses contraintes financières.
Dans une contribution intitulée « Washington : Le Programme d’abord », Abdourahmane Sarr estime même que le niveau élevé de la dette pourrait, dans certaines conditions, constituer un facteur de transformation systémique forcée de la gestion des finances publiques.
Deux rencontres au sommet à Washington
Le président Bassirou Diomaye Faye a successivement rencontré à Washington Ajay Banga, président du Groupe de la Banque mondiale, puis Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI.
Selon Abdourahmane Sarr, la teneur des communications publiées à l’issue de ces deux rencontres mérite une attention particulière.
Avant son entretien avec le chef de l’État sénégalais, Ajay Banga avait publiquement évoqué son souhait d’aider le Sénégal à avancer rapidement dans le cadre du mécanisme du Cadre commun du G20, destiné notamment à accompagner les pays confrontés à des situations de dette difficiles.
Cependant, relève l’ancien ministre, le communiqué de la Présidence publié après leur entretien ne fait mention ni d’une restructuration de la dette ni du Cadre commun du G20.
Le document met plutôt l’accent sur les domaines d’intervention de la Banque mondiale au Sénégal : énergie, protection sociale, emploi des jeunes, entrepreneuriat, amélioration du climat des affaires et développement territorial.
Pour Abdourahmane Sarr, cette absence de référence à une restructuration constitue un élément important dans la lecture de la situation financière actuelle du Sénégal.
Le FMI au cœur de la séquence
La communication publiée après la rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et Kristalina Georgieva apparaît, à ses yeux, encore plus significative.
Le Sénégal et le FMI y expriment leur volonté commune « d’aller rapidement vers l’approbation du programme par le Conseil d’administration du FMI », notamment afin de « desserrer sans tarder les contraintes de liquidité du pays ».
Le président de la République y réaffirme également la volonté du Sénégal de renforcer ses finances publiques et la viabilité de sa dette.
Autre élément souligné par Abdourahmane Sarr : le communiqué conclut que « le Sénégal tiendra ses engagements ». Là encore, observe-t-il, aucune référence explicite n’est faite à une restructuration de la dette, au Cadre commun du G20 ou à un traitement particulier de la dette sénégalaise.
Pour l’ancien ministre de l’Économie, cette orientation doit être accueillie favorablement. Abdourahmane Sarr rappelle avoir déjà défendu l’idée selon laquelle le Sénégal a besoin d’un programme avec le FMI, accompagné d’un apport de liquidités permettant de soutenir l’ajustement budgétaire déjà engagé par les autorités.
Cette nécessité serait d’autant plus importante, selon lui, que l’analyse de la viabilité de la dette destinée à éclairer les décisions à venir n’est pas encore achevée, si l’on se réfère aux déclarations récentes du FMI.
Le Fonds a indiqué que cette analyse serait conduite dans le cadre actuellement en vigueur pour les pays à faible revenu, tout en étant informée par les travaux engagés autour du nouveau cadre appelé à évoluer. Pour Abdourahmane Sarr, ce futur cadre devra nécessairement tenir compte de la situation particulière du Sénégal et de la configuration de ses finances publiques. Soda SALL